Osez, osez Joséphine…


L’autre jour, Lady V. est venue chez moi, prendre sa dose mensuelle de romances, et elle me disait qu’elle avait été déçue par certains livres que je lui avais conseillés. Qu’elle les avaient aimés, mais qu’ils n’étaient pas tous du même niveau que SEP ou les Kleypas. Forcément, puisque pour l’appâter au début, je lui avait prêté les meilleurs livres de ma bibliothèque. En comparaison, le reste peut paraître un peu plus terne, un peu plus cliché… Alors sa question était, comment choisir des livres en étant sûre qu’ils seront bons? Eh bien c’est impossible… 
Évidemment, il y a des choses à éviter : les auteurs que l’on a détesté, les genres ou périodes qui ne nous plaisent pas, les éditeurs qui annoncent la couleur avec certaines collections thématiques, et bien sur, les copines qui vous conseillent ou déconseillent. Tam-Tam m’est très utile pour cela, comme nous avons beaucoup de goûts similaires, elle prend des risques et tente de nouveaux auteurs, moi aussi, et au final, nous échangeons nos recommandations. La prochaine étape pour Lady V., c’est celle-là : il faut oser, et ne pas se limiter à ses valeurs sûres!
Mon dernier auteur inconnu, c’est Maya Rodale, et le livre, A groom of one’s own. Un livre plutôt sympathique au demeurant, mais affligé de quelques défauts flagrants qui m’ont vraiment dérangé…
Replaçons les choses dans leur contexte : Nous sommes en 1822, Miss Sophie Harlow a été abandonnée par son fiancé le jour de son mariage. A mi-chemin de l’allée centrale de l’église, son bouquet de fleurs entre les mains, pour être précise. Et pour une autre femme rencontrée deux semaines plus tôt. A la suite de cet événement fâcheux, Sophie est partie vivre à Londres avec sa meilleure amie, une jeune veuve.
1er élément gênant : une jeune fille de bonne famille qui quitte ses parents et son village pour aller vivre (pas juste en visite hein, vraiment déménager) à la capitale avec sa meilleure amie, laquelle est certes veuve, mais a à peine plus de 20 ans! Surtout après un scandale pareil, je n’y crois pas.
Quand notre histoire débute, Sophie vit donc à Londres depuis 1 an, et comme son amie ne roule pas sur l’or, elle a décidé de devenir journaliste. Hum…
2ème élément gênant : une jeune fille de bonne famille qui devient journaliste, au vu et au su de tous, sous son vrai nom? Quand on sait comme il était mal vu à l’époque pour qui que ce soit de travailler, on a du mal a imaginer que Sophie soit encore invitée aux soirées… Mais heureusement, elle écrit des chroniques sur les mariages de l’aristocratie, l’honneur est sauf.
Un jour, dans la rue, Sophie manque de se faire écraser par une calèche et un fringuant jeune homme la sauve. Ils sympathisent tout de suite, se présentent et font un bout de chemin ensembles.
3ème élément gênant : une jeune fille de bonne famille ne se présente pas spontanément à un homme, c’est tout à fait inconvenant.
Ils n’échangent cependant que leurs prénoms, puis se disent au revoir. Quelques jours plus tard, Sophie est invitée par la femme du Duc de Richmond à rédiger une série de chroniques sur les préparatifs du mariage de leur fille au Duc de Hamilton et Brandon. Lequel doit avoir lieu trois semaines plus tard. Et elle découvre alors que le jeune homme en question n’est autre que le fiancé! Tout en vous épargnant les multiples péripéties par lesquelles nos héros passeront avant d’être enfin ensembles, je ne peux m’empêcher de partager avec vous quelques autres exemples de ces perles anachroniques et/ou simplement incongrues qui parsèment l’histoire :
  • Lorsque le Duc se rend à sa salle d’escrime, en fin de paragraphe, sorti de nulle part, l’auteur juge bon de préciser que le maître d’arme est le seul homme dans tout le pays à pouvoir se mesurer au Duc. Donc, non seulement le Duc est le meilleur du pays (c’est bien connu, l’Angleterre est un pays très peu peuplé, et des tournois sont organisés fréquemment pour déterminer le tenant du titre – un genre de championnat avant l’heure) mais en plus, la phrase est tournée de telle façon que c’est le maître d’arme qui se hisse à la hauteur du Duc, et pas le contraire!
  • Lors d’un mariage auquel assistent nos héros (et la moitié de la bonne société londonienne), Sophie, encore assez traumatisée par sa propre expérience de la chose, quitte l’église en plein milieu de la messe. Pour une journaliste chargée d’écrire une chronique, ce n’est déjà pas très professionnel, mais en plus, le Duc la suit, et pour la réconforter, la prend dans ses bras! Là encore, toutes les personnes présentes dans l’église voient le Duc suivre Sophie dehors, ce qui est proprement scandaleux.
  • Durant une réunion de préparation du mariage, en présence des fiancés et de leurs mères respectives, Sophie et le Duc plaisantent et se taquinent, et, utilisant le langage des fleurs, s’envoient des messages codés. Et la bienséance, quelqu’un en a entendu parler? La décence de ne pas faire des choses pareilles devant la fiancée??! Non? Non…
  • Sophie espère bien sur que le Duc va rompre ses fiançailles. Elle ne comprend pas comment il pourrait épouser sa fiancée alors qu’il est amoureux d’elle. Elle le confronte sur le sujet à plusieurs reprises. Et quand une de ses amies lui fait remarquer qu’elle va briser un couple et faire subir à la fiancée ce qu’elle a subi elle-même, Sophie se justifie en disant qu’il y a entre eux un amour qui les dépassent et que de simples questions d’ordre pratique ne devraient pas entrer en ligne de compte. Argh! ARGH!!!
En fait, ce qui m’a profondément gênée dans cette histoire, c’est combien Sophie est sans-gêne. Elle ne s’embarrasse pas des conventions de son époque, elle agit comme si tout lui était permis, et qu’aucune limite ne devait s’appliquer à elle. Même aujourd’hui, la décence la plus élémentaire empêche normalement de poursuivre de ses assiduités le fiancé d’une autre, et Sophie a une attitude très cavalière. Elle ne cesse de rechercher la compagnie du Duc (lequel tente de mettre entre eux une distance de sûreté), et à aucune moment elle n’essaye de contrôler ses sentiments pour lui alors qu’elle sait dès leur 2ème rencontre qu’il est fiancé, alors qu’ils sont si peu discrets qu’un scandale les entoure, alors qu’elle risque de perdre son emploi (dont on nous répète plus d’une fois qu’elle en a désespérément besoin), alors qu’il est fiancé!!! A sa décharge, la fiancée est elle-même éperdument amoureuse d’un prince qui ne demande qu’à l’épouser, ce n’est pas comme si elle restait en carafe à subir le flirt éhonté de nos protagonistes… Mais tout de même… Le Duc est un personnage plus nuancé, il est sincèrement partagé entre son amour pour Sophie et son sens du devoir, et, surtout, il fait preuve de bien plus de retenue, et dans ses sentiments, et dans ses mots, et dans ses actes!
En un mot, tout ceci contribue à gâcher le plaisir du lecteur qui perd patience face à Sophie. Et c’est fort dommage car l’histoire est mignonne, les personnages secondaires agréables, et globalement, ce n’est pas un mauvais livre, plutôt drôle, relativement bien écrit.
Mais c’est un de ces livres qui me font d’autant plus apprécier la qualité de certains auteurs, et comprendre pourquoi Lady V. ou d’autres sont réticentes à en tester de nouveaux. Allons, il faut oser, n’oublions pas que c’est en prenant des risques que j’ai découvert Kristan Higgins, ou que Tam-Tam a découvert Sarah McLean
Comme quoi, parfois, le risque paye! Et vous, quels sont vos dernières tentatives couronnées de succès?
Chi-Chi
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13 réflexions sur “Osez, osez Joséphine…

  1. Aïe, oui c'est vrai que ce genre de livre peut rendre frileux !Dans la série j'ai testé pour vous et j'ai aimé :-Maya Banks : The Darkest Hour (très bon, mais d'un autre côté Maya Banks est une valeur sûre pour plein d'autres)-Jennifer Ashley : The Madness of Lord Mackenzie (il sort bientôt en VF, le 2e tome est plus convenu, moins intéressant, mais reste sympathique)-Lynn Kurland : A Dance Through Time (conseillé sur 1 forum US, j'ai lu toute la série à la suite)-Cindy Miles : Spirited Away (humour, émotion, paranormal)

  2. @Chi-Chi: oui, j'aime ce genre de livre ou clairement on a 'impression que la fille arrive d'une autre époque…@Rinou: on note! ca va encore faire mal au porte monnaie ca encore!

  3. @Eudoxie: Morbleu, mais nous aurais-tu injuriées malheureuse!!!!Réduire toute cette branche de la littérature (qui contient des chefs d'oeuvres classiques comme les Hauts de Hurlevents, la Petite Fadette, Raison et Sentiments…et j'en passe) c'est un peu comme dire que la mode s'arrête aux grandes enseignes et oublier que la mode ce sont aussi des créateurs, des trouvailles et des miracles de beauté!Le Harlequin c'est un peu le Pimkie de la mode…Mais n'ait crainte, nous avons aussi des Larcoix, des YSL et autres Lanvin dans nos bibliothèques !!

  4. Les livres où l'héroïne est aussi appréciable, voir plus que le héros, c'est rare… j'aimerais bien que les auteurs fassent un effort là-dessus, ça m'énerve d'avoir des réticences par rapport à un livre à cause d'une moitié des principaux protagonistes quand même!Dans la veine des héroïnes très réussies, lisez Ten Things I Love About You – bien sûr Julia Quinn est une valeur plus que sûre, donc c'est un peu de la triche, mais même elle ne réussit pas toujours ses héroïnes aussi bien que ses héros (bien que je n'en ai pas encore lues de chiantes).Merci pour la chronique, je vais éviter celui-ci, c'est une de ces héroïnes qui me feraient sans doute jeter le livre contre un mur 🙂

  5. @Catwoman: Je suis tout à fait d'accord avec toi! les TSTL me gâche le livre à tous les coups!quant au JQ, je l'ai lu…et chroniqué ^^http://inneedofprincecharming.blogspot.com/2010/07/10-things-i-love-about-you.html

  6. @ Catwoman : oui, c'est avec regret que je ne recommande pas ce livre, je voulais vraiment l'aimer! Mais il est rare qu'il y ait un tel déséquilibre entre le héros et l'héroïne, même si on trouve souvent qu'ils ne sont pas au même niveau…

  7. Je suis tout à fait d'accord : il faut oser, prendre des risques avec des nouveaux auteurs ! Mon expérience me dit qu'aucune auteure, même parmi celles que je considère comme mes préférées, n'est une valeur sûre à 100%, alors quitte à être déçue, autant s'aventurer en terrain inconnu de temps en temps…Quant au livre chroniqué ici, les problèmes relevés sont exactement le type qui gâchent mon plaisir aussi. Je ne crois pas être maniaque du réalisme historique (pour commencer, je suis loin d'être historienne), mais il y a un point ou, comme Chi-Chi le note très justement, le manque de crédibilité et de conséquence rend les personnages quasi antipathiques.

  8. @asia v: trop de réalisme dans les historiques ont aussi tendance a me gâcher mon plaisir…il faut croire que ce qui me plait dans un héros de roman historique est une sorte de paradoxe temporel. J'aime les chevaliers qui savent faire preuve de sensibilité et les héroïnes qui n'ont pas peur de dire ce qu'elles pensent…

  9. Mes bonnes trouvailles de l'année sans doute déjà connues de plusieurs d'entre vous (merci Eloisa James et ses épreuves jaunes et roses ^^ ; et j'en ai encore une dizaine) :*Julie James / Something about you ; 2ème titre de l'auteur. J'ai acheté les 2 autres ensuite. Le 1er j'ai moins aimé mais le 3ème plus que Something about you.*Pamela Clare / Naked edge ; un style un peu différent (j'ai trouvé) des romances habituelles et une note plus dramatique. Je n'ai pas encore acheté les autres mais j'y compte bien.

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