Carissa, grosse menteuse!

Lady D. avait adoré SFALO. A tel point que la dernière fois qu’elle est venue chez moi, elle s’est lancée dans une exploration de ma bibliothèque, bien décidée à dénicher une autre perle dans le même genre. Et, parce qu’en ces beaux jours de novembre, il devient primordial de se changer les idées, j’ai accepté…
Il ne faut pas se fier aux apparences : trouver de vieux Harlequin, ou Duos, ou autres publications du même style, c’est facile. Que ces vieux livres soient délicieusement surannés, avec des héros machos, des héroïnes fragiles, une trame assez simpliste et une prose plus simpliste encore, c’est facile aussi. Mais trouver un véritable bijou, un livre qui parvient non seulement a réunir tous ces critères, mais qui en plus les transcendent pour atteindre ce sommet du ridicule où le lecteur n’a pas d’autre choix que de rire, sous peine de perdre toute foi en l’espèce humaine qui a produit l’être capable d’écrire une chose pareille, voilà quelque chose de bien plus difficile.
Je ne fais pas une critique du « vieux » roman dans son ensemble, j’en ai lu beaucoup à mon époque, et j’y reviens parfois, plus par nostalgie que par goût réel, mais tout de même, ils ont encore droit de paraître dans mon palais!
Seulement voilà, j’ai reçu des requêtes pour un SFALO bis, et ce livre, c’est Lady D. qui l’a choisi. Prière donc de lui adresser toute remarque désobligeante, je ne garderai que le crédit d’avoir lu les 155 pages de « Adieu, adorable menteuse », chef d’œuvre signé Daphné Clair. Et à coté, SFALO était une promenade dans une prairie enchantée où volent des poneys arc-en-ciel! J’ai souffert dans tout mon corps et toute mon âme pour en venir à bout. Pour ne pas trop spoiler l’histoire palpitante, je me contenterai de vous exposer les traits de caractère les plus marquants chez nos héros du jour, Carissa et Ben.
Déjà, Carissa veut dire « chère menteuse ». J’ai cherché, je n’ai pas trouvé en quelle langue. Tam-Tam m’a suggéré l’ourdou. Ou le swahili. Ou le maori, puisque cela se passe en Nouvelle-Zélande. Quelqu’un parle maori ici, pour confirmer ma théorie?
Carissa est une fille extraordinaire : quand elle prépare un petit repas simple sur le pouce, il se compose d’une salade, de deux entrecôtes et … d’une charlotte aux pommes! Alors, sans être experte en cuisine, je crois me souvenir qu’une charlotte aux pommes (perso je la préférerai aux poires mais personne ne m’a demandé mon avis) n’est pas le dessert le plus rapide à préparer. Mais Carissa étant extraordinaire, elle cuisine plus vite que son ombre. Et c’est un cordon bleu. Elle fait une charlotte aux pommes comme on ouvre une brique de soupe. Normal quoi! En matière de repas simple et vite fait, je mets de l’eau à bouillir pour les pâtes et je sors une compote. Voilà bien la preuve que je ne suis pas digne d’être une héroïne Harlequin!
Carissa est capricieuse : elle ne veut pas embrasser Ben, il lui demande d’arrêter ses caprices.
Carissa est maladroite : elle se prend les pieds dans les racines d’une fougère géante (oui, dans ce livre, les fougères ont des racines), lors d’une randonnée pour aller là-haut sur la colline (Joe Dassin, sors de ce corps!). Et bien sur, elle tombe dans les bras de Ben et bredouille son embarras. Ben étant un homme intelligent, il y voit une invitation à l’embrasser. Sauf que Carissa n’est pas d’accord. D’où les caprices que Ben trouve inadmissibles. Vous voyez bien que tout cela est parfaitement logique!
Ben est le diminutif de Benito. Mais qu’est-ce qui est passé par la tête de l’auteur??! Serais-je la seule à trouver ce prénom légèrement connoté? Mussolini, anyone?
Ben est aveugle. Ok, ce n’est pas de sa faute. Mais un aveugle qui se perd au milieu de sa chambre d’hôtel, à tel point qu’il doit appeler au secours pour qu’on l’aide à retrouver son sens de l’orientation… Ce n’est pas terrible niveau sexytude! Heureusement, Ben est chanteur, et là, lecteur, tu te dis que tout n’est pas perdu. Un chanteur, ça a potentiellement l’aura sexy de la rock-star. Bah même pas. Si j’en crois les descriptions (très vagues sur les sujet), et la subliiiime couverture, Ben se classe dans la catégorie « guitariste flamenco » ou quelque chose s’en approchant. Et BIM! Dégringolade instantanée sur l’échelle de Hugh Jackman. On a creusé des échelons en sous-sol pour Ben! Mais… mais, Ben, lui, se sent tout à fait l’âme d’une rock star. Quand il est sur scène, il sent courir sur sa peau, comme une caresse, l’admiration fervente des auditeurs, la vibration de leurs émotions. Il ne peut les voir mais il se sait leur dieu. Ses mots, pas les miens. Moi, je reste sans voix. Cela vaut bien le costume orange fluo de Jordan Hayes!
Ben est un sale babouin arrogant (comment ça, je ne suis pas objective??!). Il manipule Carissa, l’accuse d’être déloyale car elle lui a laissé croire qu’elle était plus vieille que son âge. Oh et elle lui a dit la couleur de ses yeux aussi. Le rapport, vous me direz? Eh bien, Carissa dit que ses yeux sont bleus, avec une pointe de gris quand elle est troublée. Or, Ben trouve inadmissible qu’elle lui révèle un détail sur elle dont il ne pourra pas se servir parce qu’il est aveugle. Oui. Ben est ce genre d’homme. Alors là, franchement, à part le syndrome de la groupie en folie, j’ai beau chercher, je ne vois vraiment pas ce que Carissa (qui n’est pas bien maligne, il faut l’avouer) peut bien lui trouver!!!
Ben est un surhomme : il sent poindre l’aube à l’horizon. Il est aveugle. Ce sont ses poils qui se dressent pour lui indiquer le degré de luminosité ou quoi?
Ben a été touché par la grâce divine : entre le début et la fin du livre, il retrouve la vue. Même pas un petit miracle là-dedans, à peine le génie d’un chirurgien alors que tout le monde pensait que c’était impossible…
Carissa est une fille solide sur laquelle on peut compter : son patron lui demande de veiller sur Ben parce qu’il n’y a aucune chance qu’elle tombe amoureuse de lui. Alors c’est sur, le jour où mon patron me confie une mission avec un argument aussi imparable, je ne sais vraiment pas ce que je pourrais répondre devant un tel honneur… Ah bah si en fait, je démissionne illico presto, non mais ça va pas la tête??!
Carissa est une fille intelligente : pensez, cela fait 5 ans qu’elle travaille pour une agence de communication, et quand elle explique qu’elle a commencé à la réception avant être promue assistante, Ben s’extasie sur son intelligence. Elle aurait du dire qu’elle était passée sous le bureau, pour une fois, la réponse aurait été originale! Mais nooooonnn rien de tout cela, Carissa est une jeune fille bien sous tous rapports… Et la jeune fille bien sous tout rapport ne couche pas pour réussir. A part dans un film interdit aux moins de 18 ans. Donc, pas chez Harlequin. Donc, pas Carissa. Qui est une fille bien. Et intelligente. C’est merveilleux.
Carissa est savante : c’est Ben qui le dit. Du coup, l’auteur nous donne plein de détails sur la faune et la flore de Nouvelle-Zélande. Avant votre prochain voyage, économisez le prix d’un guide touristique, achetez simplement Adieu, adorable menteuse!
Ben est un vieux porc lubrique : toutes les 5 pages, il embrasse Carissa de force, exige de savoir pourquoi elle refuse de coucher avec lui, la traite d’intrigante et d’allumeuse… Plus d’une fois, elle est obligée de le coller une gifle ou de lui griffer le visage pour qu’il la lâche. A ce stade, c’est du harcèlement sexuel pur et simple. Et comme toute l’histoire tourne autour d’un huis-clos entre Carissa et Ben, 90% de leurs conversations tournent autour du refus de Carissa de sauter dans le lit de Ben.
Les adjectifs qui reviennent le plus souvent à propos de Ben sont : cruel, cynique, arrogant, acerbe, moqueur et méprisant. Vous pensez que ce sont des termes négatifs? Pauvres malheureux, vous n’avez donc rien compris au monde merveilleux de Harlequin? Ben est le héros! Donc, tous ses qualificatifs sont des QUALITES! Et franchement, qui n’a pas rêvé d’un tel homme pour prince charmant? Ne mentez pas, je sais tout!
Ben est un homme auréolé de mystère : une société secrète veut sa mort. Non non, pas la mafia, pas un fan hystérique. Une société secrète. D’ailleurs un type a essayé de l’assassiner à coups de couteaux récemment, mais point d’inquiétude mes amis, Ben est le héros (au cas où ce concept ne serait encore bien établi), par principe, il est donc plus fort que n’importe quel attaquant (même le tueur sur-entraîné d’une société secrète). Et vous vous demandez pourquoi cette mystérieuse société voudrait la mort d’un chanteur de flamenco? Mais c’est très simple voyons : ladite société espère attirer de nouveaux adhérents qui n’aiment pas notre chanteur de flamenco… C’est dire si Ben est célèbre! Logique implacable, quand tu nous tiens…
En réalité, il y a derrière cette histoire un sombre secret de famille, une affaire d’enfant caché, de jeunesse passée dans un gang des rues de New-York, quand Benito, qui en réalité s’appelle vraiment Ben (Benjamin, Franklin de son nom de famille – mon dieu que cette auteur à de l’humour), n’était pas encore aveugle. Mais je m’en voudrais de vous gâcher la surprise!
Car je ne doute pas un seul instant que vous allez, à la seconde où vous finirez de lire ces lignes, vous précipiter pour remuer ciel et terre, dans l’espoir de mettre la main sur Adieu, adorable menteuse… Et comme je suis vraiment super gentille, et que je ne recule devant aucun sacrifice pour le bonheur de mes lecteurs, je ferais don de mon exemplaire à qui voudra!
Des volontaires? ^_^
Chi-Chi
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12 réflexions sur “Carissa, grosse menteuse!

  1. Irk, tu as très bien partagé ton expérience de lectrice. J'ai eu des boutons rien qu'en lisant ton récit :-/ Mais quel c** ce Ben. Y a-t-il eu des lectrices qui pouvaient réellement apprécier un tel mufle et un tel ramassis d'insultes et de pressions malsaines??? Re-iiirrrkkk

  2. Tu aurais aussi bien pu raconter la fin, parce que je ne pense pas que tu ais beaucoup de volontaires pour lire la suite des aventures de Ben l'aveugle qui part en randonnée sans se prendre les pieds dans les racines et de Carissa la gagnante de Master Chef. Par contre quand c'est toi qui résume c'est nettement plus intéressant 😉

  3. Cette rubrique est en passe de devenir un classique sur ce blog on dirait! ^_^@ Rinou : j'avoue, je n'en dis pas plus sur la fin car je n'ai pas tout compris! ;o)@ Tam-Tam : j'ai toujours dit que tu étais une petite nature… Et Carissa n'oserait jamais tromper Ben voyons!!!

  4. Pingback: Hiawatha et Pandora | In need of prince charming

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