La question de la Langue

Vous l’aurez sans doute déduit des nombreuses chroniques dont nous vous avons régalé Chi-Chi et moi-même ces derniers mois, nous sommes toutes deux de grandes lectrices de VO.
Les raisons qui font passer une serial lectrice à la VO sont nombreuses. Dans le désordre et sans doute pas au complet nous avons :
– L’impatience. Quand une nouvelle sortie est annoncée sur le marché américain, il faut parfois plus d’un an pour que cette dernière ne pointe le bout de son nez dans le monde francophone… de quoi vous ruiner une manucure, vous déclencher un ulcère, vous faire des cheveux blancs ET vous faire passer à la VO !
– L’entêtement. Vous découvrez un livre. Merveilleux. Puis vous découvrez qu’il fait partie d’une série en cours d’écriture. Fabuleux. Vous avez lu les 4 premiers livres. Le suivant raconte l’histoire de ce personnage secondaire dont la description dans les premiers opus de la série vous a donné l’eau à la bouche. Magnifique. Mais c’est sans savoir que dans les couloirs des éditeurs, un drame couve. La série ne fait pas les chiffres escomptés. Le tome 5 est annulé. Ô rage ! Ô désespoir ! Ô éditeurs ennemis ! N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?… La dépression littéraire vous guette (NDLR – Dépression littéraire : ne plus avoir gout à aucun livre et végéter sans but devant l’écran éteint d’une télévision cassée depuis 5 ans… sans doute la pire maladie jamais découverte). Mais s’il y a bien un lieu où les miracles sont légions, ce sont dans les livres, et a fortiori, dans la VO.
– La bravoure. Le marché anglo-saxon propose plus de 8000 nouvelles romances annuelles. C’est un Everest constamment renouvelé. Un challenge à relever, un territoire à conquérir. Les métaphores ne manquent pas, et la tâche est souvent à la hauteur de l’avidité littéraire !
– La curiosité, ou comment en se mettant à la VO on entre dans l’aventure vocabulaire ! Qui n’a jamais rêvé de savoir dire crinoline, crocs et baisemain dans la langue de Shakespeare ? Personne ? Vraiment ? Quelle déception… Comment ne pas se délecter de la découverte de mots comme elbow, tantrum, wisper, shiver, armpit (ah non, peut-être pas celui là)…
– L’opportunité. Lire en VO s’est démocratisé avec l’arrivée d’Internet, mais pour certaines, cela a commencé par un voyage, la découverte d’une bibliothèque municipale très fournie et un deal avec La Poste !
– L’intégrité. Si mon expérience de la traduction m’a bien apprise une chose, c’est que l’inconnu derrière la traduction d’un livre ne peut être impartial et rendre à la perfection l’intention de l’auteur. Il n’est pas rare d’observer des coupes et des traductions très « libérales » dans les romances…
Par ailleurs, de la même manière que je ne vis pas la lecture de certains livres de la même manière que Chi-Chi, j’en interprète parfois certains passages bien différemment du traducteur. Ma lecture est fonction de mon expérience en tant que personne, elle varie en fonction de mon humeur. Elle change aussi en fonction de l’âge.
La version française n’est pas mauvaise. Là n’est pas du tout mon propos! Certes, les coupures et les interprétations sont fréquentes, mais cela ne nous a pas empêché de lire et d’apprécier « Les 4 filles du Docteur March » alors que nous n’étions pas encore adolescentes non ? De même que les Harlequin qui nous ont tant fait rire ces derniers temps sont des bijoux de traductions?
Toutefois, si d’aventure vous décidez un jour de passer à la VO, il est une règle que je vous enjoins de suivre :
Ne jamais au grand jamais relire un livre en français alors que la première lecture a été faite en VO !
J’ai eu le malheur d’en faire l’expérience avec un classique Howardien « Mr Perfect » et la sensation ressentie à la lecture de la version française m’a fait le même effet que le visionnage d’un film après la lecture du livre. J’ai noté les passages absents, les libertés prises par le traducteur. Et un livre que j’avais positivement adoré à l’époque m’a laissé un goût amer dans la bouche. La perfection est une question de langue semble-t-il…

Piquée de curiosité à la découverte de ce phénomène, j’ai tenté le chemin inverse avec un Susan Elisabeth Phillips et « Kiss an Angel » (Drôle de Cirque).

Lu un première fois dans sa version rose barbie française, Chi-Chi m’a prêté la version originale l’année dernière… Ce fut fabuleux !! J’ai découvert les coupes et certaines scènes ont pris tous leur sens. Le texte a gagné en profondeur du fait de mon interprétation personnelle du texte original…
Sans parler des personnages. Il est quasiment impossible de rendre en version française les « accents » donnés par les auteurs à leurs protagonistes. Et tout comme on n’imaginerai pas Jane Birkin sans son accent britannique, j’imagine mal Scarlett O’Hara avec autre chose qu’un accent sudiste !
Lire en VO est une bénédiction pour une bookaholic comme moi, mais mes premiers émois de lectrice de romance se sont fait grâce à des versions traduites. Il ne faut pas renier ses racines. Maggie Osborne, Kathleen E. Woodiwiss et autres Jude Deveraux n’ont pas de soucis à se faire !

Tam-Tam
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13 réflexions sur “La question de la Langue

  1. @Eudoxie: oui, armpit est un de mes favoris! le coprs humain regroge de mots comme celui là! Groin, ou Loins, en voilà deux autres bien comme il faut!@Belette: je ne voulais pas te faire du mal, Mr Perfect est un livre que j'aime d'amour, mais je le préfère en VO…Jayne est plus spontanée et moins vulgos, dans la VF, les gros mots prenne une tournure assez gênante parfois…

  2. Je ne peux pas lire en traduction. Sans blague. Bon, ok, je peux. Mais je bougonne. C'est fou mais pour moi, c'est surtout la connotation qui est différente, vu que ces deux langues représentent deux parties de ma vie distinctes (yep, je raconte ma vie, je sais…). En plus, vu que je suis Québécoise, je ne me retrouve presque jamais ans les traductions, qui sont en français "de France". Mais bon, ça m'arrive hein! Et je ne boude pas mon plaisir quand même… tout en bougonnant! ;))

  3. @paristempslibre: je suis bien d'accord avec toi!@Karine: nous bougonnerons ensemble alors…Et puisque tu parles de l'écriture en francais de france, je réalise que je n'ai de mon coté jamais lu de livre en francais du quebec…peut etre devrais-je essayer, ne serais-ce que pour voir si je me rends compte des subtiles nuances de langue…un livre à me proposer peut etre?

  4. Hmmmm… côté. Bon, c'est plus de la chick litt que de la romance, mais je donne à tout le monde "Soutien-gorge rose et veston noir" de Rafaelle Germain. C'est drôle et TRÈS québécois comme langage. Je m'offre comme traductrice si tu veux! 😉 Ou comme enregistreuse de dialogue si tu veux voir ce que ça donne avec l'accent! ;))

  5. Je viens de tomber dedans!
    Comme tu l’as si bien dit: quelle déprime de constater qu’une série est traduite en partie, puis abandonnée, quand nous, lectrice assidue, sommes tombées amoureuses de ces héros…
    Du coup, je m’y suis mise… et sans trop de difficulté.
    Et tu as raison: la langue anglaise/américaine regorge d’images bien plus intenses et nombreuses que la notre (alors pourquoi parle-t-on de la Langue de Molière avec béatitude? :-/ ).
    Bref…
    J’en suis même arrivée à traduire l’un de ces livres pour une copine (très court, une petite nouvelle).
    Et là, une question s’impose à moi: doit-on traduire du « mot à mot », la traduction littéraire « exacte » ou doit-on traduire le ressenti, l’image, l’impression que l’on ressent à lecture et faire fi de certains mots ou les traduire différemment?
    Mon ressenti serait plutôt pour la 2° solution, mais je me demande alors si ça ne serait pas embellir le texte d’un auteur pas forcément bon… (je n’ai pas encore assez de recul pour juger de la plume de l’auteur en vo)…
    Bises à toutes 😉

    • Bravo Naddy pour cette incursion dans le monde merveilleux de la VO! 🙂
      Pour la traduction, tu as raison également, c’est toujours la 2eme option qui doit etre privilégiée. Bien qu’il faille faire attention à ne pas non plus dénaturer le texte, le traducteur imprime sa patte, et c’est lui qui trouve des équivalences pour retranscrire l’esprit d’une expression par exemple, et surtout pas un mot à mot qui n’aurait pas de sens…

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