Avez-vous entendu parlé du F* word ?

C’est très trendy de glisser des mots anglais dans une conversation ou un texte. Mais c’est un art très délicat. N’est pas doué qui veut, on a tôt fait de donner dans le Jean-Claude Van Damme… Mais je suis douée. Et modeste.

En fait, je suis surtout dans l’incapacité de trouver une expression qui fasse ressortir le paradoxe du concept du « F* word ».

Traditionnellement en anglais, lorsqu’on parle de « F* word », on fait référence à un mot que Chi-Chi m’interdit de dire ici. Du moins, ne l’a-t-elle pas dit en ces termes, mais l’idée reste la même. Chi-Chi est la maîtresse de l’étiquette en ces lieux.

Cette expression fait donc référence à un mot si injurieux qu’il est impensable de le dire (ne serait-ce que pour l’évoquer dans le sens lexical du terme) et encore moins de l’écrire.

Où est donc le paradoxe ?

J’y viens votre honneur, mais éviter le lavage de bouche au savon pour utilisation frauduleuse d’une insulte innommable est compliqué quand on a un message à faire passer… Ne m’en veuillez pas si je prends un peu mon temps !

La beauté de ce paradoxe est à la hauteur de la superbe subtilité de la langue anglaise et de l’imagination sans borne de nos auteurs. Car ici, le « F*** word » fait référence à « Fat », ou gros en français courant. Gros est un mot tabou. Un héros en romance n’est pas gros, il n’est pas chauve non plus si j’y réfléchis bien. Une héroïne en romance n’est pas grosse au point de ne plus voir ses orteils lorsqu’elle se tient debout, ou alors elle est enceinte… On ne dit pas « gros » d’un personnage principal de roman. On dit carré, athlétique, enrobé, pulpeux. On parle de largeur à défaut de grosseur. Chi-Chi a déjà évoqué à quel point l’embonpoint fictif des héroïnes de romance était une vaste fumisterie.

Le livre d’aujourd’hui ose le mot gros. Il ose même le mot très très gros. Jemima J (Un amour de poids) de Jane Green nous plonge dans la peau de Jemima Jones, journaliste dans un petit journal local. Elle est gentille, intelligente, drôle, brillante avec les mots et grosse. Vraiment grosse. Le genre qui fait naitre en tout un chacun une veine politiquement correcte qui aboutit à la non-utilisation du mot grosse.

Jemima sait pourquoi elle est grosse. Son paquet de biscuit vidé en 3 minutes le sait. La vendeuse du coin de la rue qui lui vend ses 2 club-sandwichs au bacon tous les jours le sait. Jemima est grosse parce qu’elle mange trop. Mais quand on est seule et mal dans sa peau, le réconfort vient bien souvent de la chose même qui nous isole.

Comme dans toutes les bonnes histoires, il y a un garçon. Il est beau. Il est intelligent et drôle. Et Jemima est complètement, désespérément, irrémédiablement amoureuse de lui.

Comme dans toutes les bonnes histoires. Il ne la voit pas. Du moins, il ne voit pas plus loin que son enveloppe. Qu’à cela ne tienne, Jemima va mincir…

Je pourrais vous dire qu’un beau jour, Jemima se réveille, en a marre de son corps et trouve enfin la volonté de mincir pour se sentir mieux. Mais ce serait faire de la taille de Jemima une simple question de volonté. Et ce serait mentir.

Comme dans toutes les bonnes histoires, les choses sont bien plus compliquées que ce que l’on voit en surface. L’auteur arrive à nous emmener dans une histoire pleine de finesse sur l’apprentissage et le dur chemin que l’héroïne va emprunter. Toute la problématique autour du « gros » aurait pu plomber cette histoire, nous faire passer à côté de l’essentiel, mais il n’en est rien.

Bien des surprises attendent Jemima au bout de ce chemin. Et pas seulement parce qu’elle va découvrir qu’être mince n’est pas une fin en soit, mais parce qu’elle va réaliser que cela s’applique à tout dans la vie, y compris l’amour.

Bonne lecture,
Tam-Tam

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9 réflexions sur “Avez-vous entendu parlé du F* word ?

  1. Le F*** word mériterait vraiment une étude très approfondie en romance…En tout cas, je confirme que c'est un livre qui fait réfléchir, bien dit Tam-Tam!

  2. Il y a un cas d'urgence!! J'ai commencé à lire ce livre dans un centre de jeux pour enfants en Angleterre, où on pouvait piocher dans des bouquins en buvant un thé pendant que les enfants jouaient. Oui, très civilisé, comme souvent chez moi… Et je ne l'ai jamais fini!! Et j'aime Jane Green!! Donc j'en ai absolument besoin ce weekend LOL J'ai d'autres Jane Green à prêter en échange, si vous le voulez (ne sachant pas quelle princesse détient l'oeuvre…) D'ailleurs, rappelez moi ce que je vous ai déjà promis, mon cerveau s'est éteint!

  3. @Pirouette: Il se trouve que le livre en question est la propriété de Chi-Chi mais que je le retiens en otage pour le moment dans mon petit coin de campagne…

  4. Merci de m'avoir sauvé de mon triste sort, et de m'avoir permis de savoir le fin mot de l'histoire. Le livre a quelque peu gâché les relations familiales, puisque je l'ai lu ce w/e au lieu de m'occuper des enfants et du rangement très nécessaire des chambres, mais je me sens à présent soulagée d'un poids ;-)Livre très sympa, très touchant, entre le chicklit et le roman féminin, qui nous révèlent pas mal de vérités sur la nature humaine, sur notre façon de juger les gens sur leur apparence, quelle qu'elle soit…

  5. @pirouette: parfois, certain livres nous font oublier la réalité autour de nous, il est bien vrai!pour te faire pardonner, tu peux toujours leur faire le coup de la mousse au chocolat maison!

  6. Bon, en voilà encore un autre que j'ai envie de lire maintenant que j'ai lu ton billet! On ne parle jamais assez des personnes qui ont des défauts dans les romances. Moi, par exemple, j'aimerais bien des romances dans lesquelles l'héroïne est myope comme une taupe (toute ressemble avec des personnages ayant réellement existé est purement fortuite), incapable de reconnaître sa mère sans ses lunettes, par exemple. En tout cas, ça m'intéresse!!!!

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