Episode 3 et fin: Sans orgueil ni préjugés

Résumé des épisodes précédents : les synopsis vous mentent !
 
Que l’on cherche un livre aux allures de vieux Harlequin old school, un nerd au potentiel de sexitude sous exploité ou que l’on ai envie de se plonger dans une régence aux évocations du monde de Jane Austen… 

On nous ment (on nous spolie, et je n’appelle pas à la révolution, promis) et depuis deux semaines, en passant un peu ma frustration, je vous fais rire en vous racontant ce que je cherchais dans mes lectures et ce que j’y ai trouvé.


Le livre d’aujourd’hui est un historique, récent et français. Sans orgueil ni préjugés de Cassandra O’Donnell est le premier tome de la série des sœurs Chabrey et il nous conte l’histoire de Malcolm et Morganna.

Sans plus attendre passons au synopsis :
Le mariage ? Morgana Charbrey ne veut pas en entendre parler ! Elle préfère son indépendance et les sciences, passion qu’elle dissimule derrière une prétendue maladie, loin des regards courroucés de la bonne société. Lorsqu’elle apprend que le manuscrit de sa sœur a été refusé par un éditeur méprisant l’intellect féminin, Morgana décide d’aller confronter ce personnage cynique et détestable. Si ce dernier pense pouvoir confondre la demoiselle à coups de reparties cinglantes et de sourires enjôleurs, il ne sait pas encore à qui il a affaire…
A la lecture de ce dernier, la lectrice de romance se dit que 1) elle va avoir le droit à une romance historique pleine d’humour avec 2) un personnage féminin au caractère bien trempé et 3) un héros qui a besoin urgemment de se faire remettre à sa place. 

Une lecture dans la lignée des Lisa Kleypas, Julia Quinn et autres Eloisa James. C’est à dire une régence moderne, avec une dose suffisante d’anachronisme(s) dans le caractère des personnages pour que l’humour soit au rendez-vous…

Pour ne pas risquer une nouvelle déconvenue, j’avais même lu plein de chroniques hyper enthousiastes et loin de moi l’idée de dire que le livre est mauvais, mais il ne correspond juste pas à ce que j’attendais.

Pourquoi donc?
Parce que ce livre n’est pas aussi moderne qu’il veut se vendre. Pour étayer mon argumentation, il va me falloir faire un petit bond dans le temps, et revenir aux décennies précédentes. 
La romance, dixit Chi-Chi (qui a joué le rôle aujourd’hui de mon wikipanion perso), trouve ses premiers balbutiements chez nos amis les Grecs du 3ème et 4ème siècle, il y a donc très très longtemps (dans une galaxie très très lointaine…)(non, je m’égare), ce qui lui a bien laissé le temps d’évoluer. 

Cependant, la romance telle que nous la connaissons remonte aux années 70 (à la louche). C’était alors le règne de ce que l’on qualifie de « old-school« , où le héros était macho et dominateur, l’héroïne était belle, fragile et plutôt sans défense et où la pâmoison et le butor étaient rois dans les traductions.
Les experts s’accordent à dire que le virage entre le old-school et la romance moderne s’est fait autour d’un roman, AKISA (A Knight In Shinning Armor, en français, Vint un chevalier) de Jude Deveraux. 

La romance, dite moderne, pris alors son envol dans les années 80 (bonjour mulet et épaulettes) avant de s’installer comme la dominante dans les années 90 où les héros étaient certes toujours masculins, mais où ils écoutaient aussi leur douce qui n’était plus sans défense, qui avait un avis et même parfois raison (miracle!).

La romance moderne, aurait ainsi suivi les modifications des aspirations des femmes, et les héroïnes ont repris le contrôle des romances tandis que nos mères prenaient le contrôle de leurs vies (pour faire dans le schématique).

Sans orgueil ni préjugés se veut une romance moderne. Son héroïne y est férue de sciences, souhaite mener sa barque et veut faire fi des conventions. Son héros se veut de la trempe des machos qui ont juste besoin de LA femme qui saura leur faire entendre la voix de la sagesse. Ce que j’applaudis à gorge palpitante. 

Sauf quand la lecture me révèle du old-school qui n’était absolument pas dans le contrat!
Certes, notre héroïne est toujours aussi passionnée de sciences, sauf qu’il lui suffit de voir le héros pour 1) le détester (vous me direz qu’étant donné son attitude c’est tout à fait normal) comme le butor qu’il est et 2) ne pas lui résister (parce que des choses physiques se passent en elle et qu’elle ne peut maitriser le désir qui déferle). Et cela, mes amies, c’est clairement du cliché old-school où on pourrait presque dire que la jeune Morganna n’a pas le cerveau nécessaire pour dire non et résister.

Et le héros dans l’histoire? Il est de la même trempe. 

Deuxième rencontre, l’héroïne lui tient tête… le désir l’assaille, et hop, je t’embrasse pour te punir ! Et s’il y a bien un trait qui est propre au old-school c’est celui-là. L’hégémonie masculine sur la femme, cette dernière qui dit non mais qui veut dire oui. On forcit un peu les trait et BAM ! Passions Captives ! (pour celles qui n’auraient pas lu l’article, allez donc rire!)


Comme je suis têtue, j’ai continué ma lecture au-delà de la deuxième rencontre. Mais l’intrigue est fainéante. Résoudre tous les problèmes de communication à coup de désir irrépressible, c’est très difficile à croire. 

D’ailleurs revenons à ce désir débordant. La régence en romance est un genre qui s’appuie sur une série d’anachronismes pour nous vendre du rêve. On croit au mariage d’amour dans une société qui fonctionnait sur les mariages d’intérêts et de convenances, on avale en souriant l’improbabilité des situations où les héros se laissent aller à leurs hormones avant le passage devant Monsieur le curé/pasteur/capitaine de bateau. 

Mais notre désir d’y croire s’arrête quand le bouchon a été poussé trop loin (et ce n’est pas Maurice qui me dira le contraire). C’est pour cela que dans ce livre précisement, cela va au delà de la crédibilité historique et touche la crédibilité littéraire de base. 

Je m’explique et je vous plante le décor. Morganna et sa sœur arrivent à Londres, se rendent chez Malcolm, lord et éditeur, pour protester quant au refus d’éditer le roman de la jeune soeur. Notre héros se montre arrogant et répond qu’il a ses raisons (comprendre, il a un gogo-gadget-o-p*****, et on ne peut pas comprendre). 

Le même jour, Malcolm se rend au domicile des Chabrey, et au lieu d’attendre d’être introduit par le majordome, il force le passage. S’en suit une discussion qu’on pourrait fort aisément qualifiée de houleuse, conclue par un baiser du monsieur à la demoiselle.

Ainsi, si on me vend un historique, je vais avoir du mal à croire qu’un lord à la réputation correcte (comprendre qu’il n’est pas connu pour visiter les chambres des domestiques de toutes les demeures dans lesquelles il est invité) va soudainement forcer l’entrée d’une maison où il n’a jamais été reçu pour ensuite embrasser la personne qui aura consentie à le recevoir, et ce, malgré la scandaleuse enfreinte à l’étiquette. 

Quand cette scène arrive autour de la page 50, il y a de quoi être refroidie.


Alors que l’auteure elle-même dit qu’elle a cherché à créer une ambiance désuète avec un langage que n’utilisent pas les anglo-saxons et que la romance offrait une plus grande liberté car il n’y a pas de vérité historique. 

Oui, lire un historique ne veut pas dire lire une biographie sur la vie de la femme au Second Empire, ni les mémoires d’un moine franciscain à la Renaissance. Mais il existe une limite à notre capacité à « gober » les anachronismes. Et certes, on peut s’amuser en romance, mais de là à mélanger les genres comme cela, j’ai juste la sensation qu’on me prend pour une (ravissante) idiote qui ne saura pas voir la différence. Ainsi, la régence, c’est une dose nécessaire de conventions et de règles que l’auteur peut choisir de « tordre » avec talent.
Enfin, je finirai sur une dernière réflexion : si cette même scène était adaptée dans un contemporain, je crois que je tiquerais tout autant, parce qu’un homme qui embrasse pour faire taire parce qu’il ne sait résister au désir qui monte en lui la deuxième fois qu’il me voit, je lui envoie mon genoux dans… bref, vous savez où!
Comme quoi, certaines conventions traversent les époques.
 
Bon Lundi,
Tam-Tam
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17 réflexions sur “Episode 3 et fin: Sans orgueil ni préjugés

  1. c'est vrai? Je me sentais seule tu sais…Le pire dans l'histoire c'est que le old school, ca peut etre sublimement bon à lire…Et j'ai cherché sur votre site, mais je n'ai pas trouvé de trace de ta chronique…aurais-je mal cherché?

  2. OK, là, je me rappelle avoir lu une interview de l'auteure où elle disait n'être pas fan de romance contemporaine parce que la dynamique homme-femme représentée dans la romance ne lui semblait pas adaptée à un contexte moderne, contemporain. Je crois que je comprends mieux… (En fait, dès que j'ai lu ça, je me suis demandée ce qu'elle avait lu en contemporain pour en avoir une telle perception.)

  3. dans l'interview dans laquelle elle précise qu'en romance il n'y a pas de vérité historique', elle dit aussi qu'elle n'a pas écrit pour les lectrices de romances mais pour un publique général (ce qui m'a clairement hérissé le poil).ma question est alors "mais pour qui elle écrit"? parce que le publique cible reste les lectrices de romance….

  4. Je n'ai pas lu cette romance en particulier (et je ne lirai pas… suis un peu difficile, comme tu le sais) mais je suis d'accord avec tes arguments. Oui pour les anachronismes, non à ce qu'on prenne la lectrice pour une c…!

  5. Il ne suffit pas de reprendre tous les clichés de la romance anglo saxonne pour être un bon auteur de romance…Quel dommage que les grands éditeurs se basent sur la notoriété pour publier un auteur français. La romance historique est un exercice difficile qui ne s'improvise pas, de plus les lectrices sont exigeantes et loin d'être stupides ! a bon entendeur…

  6. @chi-chi: Oui, je le sais… Mais sur le papier, il avait tout pour plaire en plus!@pirouette: c'est la cristallisation de ce qui ne va pas dans un historique

  7. 100% d'accord.ce qui est le plus étranges pour moi est de voir a quel point l'histoire a plu a certaines.je me fais l'effet d’être devenue une "vieille bique" qui se plaint…Et j'adore la bonne régence old school kitch a souhait, donc ce n'est pas qu'une histoire de clichés……fort heureusement, j'ai trouvé depuis d'autres régence bien plus cute et sweet a souhait!

  8. ah c'est marrant ce livre, je l'ai lu sans avoir lu le résumé avant (ça m'arrive très rarement de me lancer comme ça sans filet). Il m'a fait sourire par moment mais sans plus et surtout la marque que j'avais pas accroché plus que ça c'est que j'ai du réfléchir un long moment (puis tricher en lisant ta chronique) pour me souvenir de quoi il parlait … ce qui est mauvais signe …et en effet il n'est pas sur le blog, j'avais dit que j'en ferais peut être une et puis j'en avais tellement de mieux à lire au momenoù je l'ai lu que j'ai préféré ne pas perdre de temps avec ^^

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