Lady Vixen

Cet article est né dans la douleur et la frustration, dans l’agacement et les grognements de princesses. Car le pirate du jour est un old school.

Dans la romance old school il y a des livres comme les premiers tomes de la série Malory ou le Balzac romantique de Chi-Chi, qui en plus d’être représentatifs d’une époque, sont des romances qu’une lectrice du 21ème siècle pourra apprécier à sa juste valeur – si tant est qu’elle garde en tête que ces histoires contiennent des éléments caractéristiques du old school – mais quelque peu destabilisant pour une princesse moderne. Et puis il y a des livres comme Passions Captives
 
Loin de moi l’idée de déprécier la valeur de ce dernier, mais je ne peux nier les évidentes différences dans le traitement de l’histoire, dans la psyché des personnages, dans la dynamique des histoires d’amour rendant Passions Captives « indigeste » et faisant du Woodiwiss un must read de Chi-Chi.
 
Si bien que je ne peux résister à l’invention d’une nouvelle échelle. Point de Hugh Jackman ici, mais juste l’échelle de Sirena (et pour comprendre la référence, il va falloir aller lire la chronique ici).
 
Lady Vixen de Shirlee Busbee, publié en 1980, se situe quelque part non loin de Passions Captives, tellement près que le relire pour vous présenter cette chronique aujourd’hui, et se dévouer pour la cause de la romance et ses pirates, m’a demandé beaucoup de courage.
 
Pourtant, le pitch de l’histoire fait vraiment envie, voyez donc:
 
« Orpheline, Nicole Ashford s’enfuit de chez elle: tout, plutôt que subir les humiliations infligées par ses tuteurs. Déguisée en garçon, elle se présente dans une auberge. Le capitaine y recrute son nouvel équipage. Il la toise: bien jeune, bien fragile, ce mousse. Pourtant, il l’engage.
A bord de la Belle-Garce, Nick sillonne les océans, aborde dans des iles lointaines, repaires de dangereux pirates. L’aventure l’enchante: elle a conquis sa libreté.
Libre, certes… si ce n’est qu’elle partage la cabine du capitaine Saber. Normal pour un mousse. Mais Saber n’est pas dupe: il la rudoie, la provoque, se dénude devant elle. Elle rougit? Il se moque! Elle se met en colère? Il éclate de rire! Jusqu’au jour où il arrache les vêtements de Nick, fait vibrer ce corps satiné qui n’a jamais appartenu à personne… »
 
Traduisons le résumé:
Nicole a été élevée par des opportunistes qui veulent la marier de force pour profiter ad vitam eternam se sa grande fortune.
Travestie, elle prend la mer (comme dans la chanson) à bord du navire du pirate Saber (le nom pourri, le retour de la vengeance). 
Ce dernier est un vieux singe a qui on ne la fait pas. Il la met dans sa cabine parce que vraiment, il « sait » et entend bien en profiter (comprendre Saber est un homme avec des « besoins »).
Et puis un jour… BAM!!L’histoire va plus loin, il est question de la guerre de 1812 dans les Caraïbes, de deux hommes qui jouent à chat. L’un se battant pour la gloire du Royaume-Uni, l’autre se battant pour sa liberté (et son égo). Il est question de pirates, d’aventure, de batailles… Mais arrrhhhhhh!!!! Que j’ai pu detester cette histoire!

 
Je n’ai rien contre un auteur qui fait passer ses héros par un peu de douleurs avant le feu d’articice du happy-end. Mais ici, Shirlee est une sadique, qui a joué avec mes nerfs!
 
Christopher Saxon, aka Capitaine Saber, est un mâle alpha et monstre de sexualité débordante. C’est le genre de héros décrit comme un homme qui pourrait faire soupirer tout élément portant en lui une part de féminité, qu’elle soit femme, enfant, ou pierre, les transformant en guimauves sirupeuses animées d’un feu intérieur dévorant… Et bien entendu, comme c’est un homme, un vrai. Il le sait, il en profite, il en abuse et s’enorgueillit de son petit effet.
 
Sauf quand soudainement, Nick apparait dans sa vie et sur un malentendu, à l’insu de son plein gré, le rend tout faible de désir… Saber n’aime pas perdre son sang froid, et comme c’est un butor macho dans l’âme, il le lui fait payer.
 
Et c’est là que commence le sadisme de l’auteur. Pourquoi tant de haine? Quel est l’intérêt de ce conflit qui dure sur toute la longueur du livre? Cette absence totale de communication entre les personnages, et j’irai même plus loin, cette absence totale de confiance entre les personnages est fatiguante et a complétement empêché la moindre empathie de ma part. D’autant qu’ils ne résoudront pas leur problèmes avant la toute fin du livre, soit pratiquement 600 pages à vouloir les étrangler!
 
Nick non plus n’est pas en reste. Je veux dire, cette histoire de femme déguisée en homme. Je peux à la grande limite comprendre que cela puisse marcher tout au début, mais (attention spoilers) elle passe 5 ANS dans la piraterie. Sans parler de cette insistance à revenir vers un homme violent qui l’a molestée dès leur rencontre.
C’est pourtant un élément caractéristique du old school, issu d’une forme (perverse selon moi) de pudeur dans l’envie charnelle de cette époque. Vouloir, désirer et accueillir avec plaisir l’acte sexuel était « trop osé », à la limite de l’intolérable. Les auteurs contournaient alors cette pudibonderie par le viol (oui, la logique du siècle), car le « non » de la femme rendait alors l’acte acceptable. Le désir incommensurable qui les « embrase » rend leur résistance inutile à la passion. Mais mon cerveau est trop rationnel pour réussir à avaler la naissance d’un amour.
 
Ainsi, pour moi qui suis pourtant une lectrice aguerrie qui s’était préparée à la lecture d’un old school, j’ai souffert.
Et même si je sais que ce livre constitue pour certaines amatrices de romance un monument de la romance pirate, je ne peux pas, en mon âme et conscience, vous la recommander. La virilité de Saber ne rachètera rien, l’histoire de trame ne sera pas suffisante, et l’héroïne ne vous fera pas rire! Trop de old school, tue le old school!
Bon lundi,
Tam-Tam
 
PS: 1980, c’est pile dans le créneau imposé par Karine. Je peux donc faire de la lecture douloureuse de ce livre une participation aux Harlequinades Vintage!PS2: je mérite une médaille pour ne pas avoir mentionné ce titre horrible (évocateur de trucs hyper scandaleux) qui fait pouffer le prince pas si charmant à chaque fois qu’il aperçoit le livre. Vraiment, une médaille!

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10 réflexions sur “Lady Vixen

  1. Ton article me fait penser à la première romance que j'ai lue: "quand l'ouragan s'apaise". Viol d'une jeunette par un capitaine du double de son âge qui lui par contre se repend et s'éprend presque immédiatement de sa petite "bruyère". Old school sans le sadisme. Ce qui est fort avec LV c'est le sadisme envers l'héroïne mais aussi envers les lectrices.

  2. Ah ce livre, je sais que je l' lu, qu'il y est question de pirates et c'est tout, je suis incapable de me souvenir du moindre élément, ce qui prouve comme il m'a marqué …. mais nan, je ne le relirai pas !

  3. Quand je pense que j'ai lu ce truc parce que je pensais qu'il ne fallait pas mourir idiote et que c'est un classique! 😉 La prochaine fois, je m'abstiens. Et d'ici là, tu as toute mon admiration…

  4. je me souviens que j'avais voulu le lire parce qu'il faisait parti des "grands classiques". mais je me suis demandé comment une telle histoire avait pu devenir un grand classique…je dois etre trop sensible ^^

  5. c'est simple, c'est ma première romance, lue en 1984, quand j'ai douze ans… donc ça passe d'autant que le Brandon n'est pas un tortionnaire et un violeur. Il se rattrappe après. Je pense qu' en 2013; cela ne passe plus du tout. Ne serait-ce que le décallage d'âge.

  6. j'ai lu des woodiwiss au début de mon initiation à la romance, et clairement, la old school vieillit difficilement!Car certains m'ont plu, mais d'autre… yukkk!!!!

  7. Oula c’est du lourd effectivement celui-là. Je crois bien qu’à l’époque il avait eu droit à un traitement particulier de ma part (et assez rare quand même) : le choc contre le mur, autrement appelé wallbanger chez nos co-lectrices anglo-saxonnes. Ce livre est un horreur, et je le placerai au même niveau que l’ouragan s’apaise. Celui-ci aussi avait frôlé le passage direct à la poubelle. Le « revirement amoureux » du héro n’a jamais excusé un viol pur et simple (et répété) dans mon dictionnaire romantique personnel. Il y a quelques romances « old school » dont j’ai gardé un bon souvenir, mais ceux-là, non.

    • J’aime ne pas me sentir seule à vouloir faire planer les mauvais livres ^^
      Mais si tu as une liste de romance « old school » avec un bon souvenir à partager, fais tourner!
      T.

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