Mon mari, cet étranger et les Harlequinades vintage

Poussée et forcée par Karine (si si voyons, vous pensez bien que je n’aurais jamais lu un livre pareil sans y être encouragée, tellement pas mon genre), j’ai relu des vieux Harlequin comme ceux qui inspirent nos chroniques au 72ème degré.
 
Et quand je dis vieux, c’est 1990 ou avant. Toute ma jeunesse, toute ma découverte de la romance, toute la nostalgie de mes… 13 ans ! Et de la lecture de ces petits livres déjà vieux à l’époque car récupérés auprès d’une amie de ma mère (quand j’y pense, ma mère a de drôles de fréquentations)…
 
Doublement poussée et forcée par Karine même puisque je vous parle comme elle de Mon mari, cet étranger, dans un exercice de haute voltige qui veut que je n’ai pas relu ce livre depuis… 5 ans ? Et que je viens de retourner toute ma bibliothèque pour réaliser qu’il a fait partie de la cargaison malheureuse qui est partie ce printemps dépérir dans le grenier parental, en attendant un hypothétique déménagement dans un château pourvu de bibliothèque (laquelle devra au moins égaler celle de la Bête dans La belle et la bête).
 
Mon mari, cet étranger de Anne Mather est l’un des rares à avoir survécu au passage du temps et à mes crises de folie épuratrices (je pleure encore ma collection mythique donnée chez un bouquiniste un jour d’égarement).
 
Alors j’imagine bien que vous vous dites tous « Mon Dieu, mais quel est donc ce chef d’œuvre ? ».
 
Eh bien c’est l’histoire d’un mariage arrangé, dans la plus pure tradition romance. En bonne héroïne 70’s, Hélène se retrouve fort dépourvue quand la bise vient, avec la mort de son père et une montagne de dettes. En bonne héroïne 70’s, si elle a fait des études, ce n’est pas pour travailler, non madame, c’est pour être la parfaite petite épouse aux côtés d’un mari aussi riche et influent que feu son papa (mais de préférence plus doué en affaires, les dettes à éponger, une fois suffira, merci).
 
Et donc en bonne héroïne 70’s, Hélène accepte la proposition de Jake Howard, vautour ambitieux qui n’a de cesse de profiter du désarroi dans lequel la plonge cette épineuse question financière, et qui lui propose… le mariage ! Notez qu’il aurait pu lui proposer de devenir sa maitresse contre rémunération, mais cela aurait été un tout autre genre d’histoire, et chez Harlequin (comme chez moi), on aime les mariages arrangés, si plausibles historiquement.
 
Hélène a donc épousé Jake, mariage de raison qui fonctionne parfaitement depuis trois ans. Elle tient la maison (avec un peu de personnel, on ne peut tout de même pas lui demander de nettoyer la salle de bain quand elle passe autant de temps chez la manucure), et joue les ravissantes potiches pour un mari qui n’est jamais là, avec un talent rare. Mariage qui n’est que de façade, puisque nos deux tourtereaux ne dorment pas ensemble. Comme dans, vous avez bien compris, le mariage n’a jamais été consommé.
 
Scandale ! Surtout qu’Hélène commence un peu à s’ennuyer, qu’à l’époque il n’y avait pas Skype et que son cher époux est en voyage d’affaires depuis des semaines à l’autre bout du monde. Surtout que quand Jake revient sans avoir annoncé la date et l’heure exacte dudit retour, il n’est pas content du tout de voir que sa chère épouse n’est pas en train de broder au coin du feu à l’attendre, pire, qu’elle est *gasp* sortie diner avec un autre homme !!!
 
Enfer et damnation, cela ne se passera pas comme ça ! Que les choses soient claires, c’est fini la belle vie pour Hélène, à partir de maintenant, elle va se comporter comme une épouse digne de ce nom, décide notre cher héros, plein de l’élégance et de la classe que l’on peut attendre d’un bon héros 70’s…
 
Traduction, Jake veut que sa potiche soit encore plus disponible, et possiblement, qu’elle lui ouvre la porte de sa chambre (ce qui, pour une potiche, par définition dépourvue de bras peut s’avérer délicat) (mais Jake n’est pas difficile, il veut bien la forcer d’un coup de pied si nécessaire) (quelle âme chevaleresque, vraiment).
 
Vous l’aurez deviné, à partir de là, il y aura une magnifique scène de consommation des liens sacrés du mariage et accomplissement du devoir conjugal par une jeune épouse complètement vierge effarouchée qui n’est que modérément consentante (mais comme c’est une héroïne 70’s, ce n’est pas grave parce qu’après tout ils sont mariés alors Jake a le droit), et de l’amour.
 
Enfin…
 
Consommation du mariage, Hélène qui s’écrase comme une carpette devant son mari over-dominateur (il aurait planqué une cravache sous le lit que cela ne m’étonnerai pas mais nous resterons à jamais dans l’ignorance, Harlequin jette un voile pudique sur cet aspect de la relation), et après une nuit que l’on supposera torride, beaucoup de malentendus, de larmes pour Hélène et de cris outragés pour Jake (c’est que c’est pénible ces bonnes femmes qui pleurent tout le temps), tout fini dans un festival d’amour et de petits cœurs à paillettes sortis de nulle part.
 
Voilà un chef d’œuvre de la littérature Harlequin vintage pour un challenge (le premier auquel participe le blog d’ailleurs, mais vous conviendrez que nous ne pouvions pas laisser laisser passer un sujet pareil…), à ne pas mettre entre toutes les mains, et pourtant, pour des raisons que je ne m’explique pas, que je garde précieusement.
 
Parce que c’est si délicieusement représentatif de l’idée que la société s’est faite de la femme et de sa place dans la relation amoureuse, parce que Anne Mather maitrise plutôt bien sa plume (ou en tout cas que ce jour-là le traducteur Harlequin était inspiré) et parce que c’est avec ces avalanches de clichés misogynes et archaïques que j’ai découvert le genre le plus génial de la littérature !
 
Merci Karine de m’avoir replongée dans ces souvenirs, et pour les autres, bonne lecture (mais si c’est d’autre chose, je ne vous en voudrai pas) !

Chi-Chi
 
 
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19 réflexions sur “Mon mari, cet étranger et les Harlequinades vintage

  1. J'adore ton billet, il m'a fait bien rire! Ces bons héros 70's il faut toujours se souvenir de comment ils étaient.. Bizarrement, ça m'a donné envie de relire des vieux romans ^^Bonne journée !

  2. Un des premiers harlequins que j'ai lu (vers 15 ans) parlait d'une jeune femme américaine qui était vendue à un harem pour je ne sais plus quelle raison et qui était offerte à un des amis américains du sultan qui était en fait un espion.Je ne me souviens plus des détails ni du titre, en revanche l'aspect greluche et soumise de l'héroïne m'avait beaucoup agacée 😉 J'en avais 3 ou 4 et je regrette beaucoup de m'en être séparée !

  3. LE bouquiniste du marché en avait des tonnes (récents et vieux) mais je n'ai pas osé piocher. Je me suis dis que je pourrais choper quelques noms d'auteurs chez vous d'abord histoire de me lancer ^^

  4. Il ne faut pas vraiment regarder les noms, à l'époque, il y avait des stars, mais tout se confond après un temps. Laisse toi inspirer par un résumé et tente! 🙂

  5. On pense tout à fait pareil! C'est misogyne, tout plein de clichés… mais on aime quand même. Et pour avoir comparé la VF et la VO pendant ma lecture, je t'assure que c'est presque identique. En fait, j'espérais des scènes croustillantes coupées à la trad (avec le fouet) mais même pas. Il manque bien une description de la gare de Londres… mais c'est tout!

  6. J'adore ce genre de billet ! Et c'est quand même très drôle de se replonger dans ces vieilles romances ! Moi mon adolescence c'était quasi exclusivement Barbara Cartland ! M'en reste quelques piles encore ! Je me souviens je les achetais 5 francs chez le bouquiniste… dediou, ça nous rajeunit pas c'te affaire ! bouuhhh !!

  7. C'est amusant car alors que je suis sûre que les harlequins vintage vont me hérisser, mais je vais essayer d'en retrouver un, tu m'as donné envie 😉

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