Seconde chance

Le cerveau est une chose vraiment formidable, un petit malin a déterminé qu’à la question « pensez à  un outil et une couleur », 99%  des gens pensent à un marteau rouge…C’est fou ce que les statistiques peuvent nous faire découvrir ! 
 
Si vous deviez, là, maintenant, tout de suite, vous imaginer en train de lire, comment seriez-vous installés ?
 
Confortablement pelotonné dans un fauteuil, une couverture bien moelleuse pour garder vos petits orteils délicats bien au chaud, et une tasse de thé à portée de main ? 
Ou dans un jardin ensoleillé, allongé avec délice dans un transat à l’ombre d’un chêne centenaire, un thé glacé à portée de main ?
Vous sauriez, j’en suis sûre, me donner bien des variantes de ces scénarios, mais tous ont néanmoins un point commun : le calme.
 
Pourtant le calme requit pour lire est une chose toute relative. J’en veux pour preuve les  nombreux autres lieux qui sont propices, parfois sans le savoir, à la lecture :
– les moyens de transports : bus, voiture, métro, avion, ferry, pousse-pousse, dos d’éléphant…
– les lieux d’attentes : chez le dentiste, sur les toilettes, dans la file d’attente de la poste à l’heure de pointe, dans les embouteillages de l’A20 le week-end du 14 juillet…
Certaines personnes ont même développé des techniques de snipers pour lire : devant le fourneau en surveillant la sauce tomate, en faisant le ménage, en pédalant sur un vélo, sous l’eau (audiobook + lecteur waterproof, true story). Personnellement je lis en marchant, sur des trajets dont je connais le moindre caillou et où les voitures sont rares…


Au bout du compte, ce sont de nombreuses minutes de lecture que je gagne par jour, et finalement, sur le temps moyen que je passe à lire par semaine, je pense passer 5% de ce temps confortablement assise dans un fauteuil moelleux…
 
La force de mon addiction, plus grande que le danger qui me guette au coin de la rue (un nouveau panneau que la DDE aurait installé sournoisement pendant la nuit) ou que  le bruit du bébé qui hurle à deux sièges de ma place… Vous combinez le cerveau (et sa capacité d’abstraction) à l’habitude, et vous avez une arme surpuissante de lecture intensive ! 

Prenez un parisien bibliovore moyen. Ce dernier part tous les jours pour son travail à 7h42. Il en a pour 45 minutes de trajet, dont 16 stations de métro, qu’il a 90% de chance de faire debout. Et bien, debout en équilibre, le nez dans son livre, il sera néanmoins capable de savoir à quel moment il sera temps pour lui de descendre de la rame. Qu’importe si, à ce moment précis, lui est révélé la véritable identité du père du héros, apprenant par là même que le psychopathe qui a tué toutes les femmes de sa famille à l’âge de 26 ans et 25 jours est en fait son cousin issu de germain échangé au berceau et élevé par les loups du Gévaudan… Non, la force de l’habitude a ancré son trajet dans sa mémoire, et c’est sans doute avec un brin de regret qu’il se dirigera vers l’ascenseur en panne de la station Lamarck-Caulaincourt…
 
Le livre que je vais vous présenter aujourd’hui, je l’ai lu dans des conditions d’extrêmes ! J’ai risqué les engelures, bravé le vent et la pluie, luté contre l’hypothermie…Tout ça pour Caresse Indienne (Only by your touch), de Catherine Anderson.
J’avais rendez-vous avec le prince des fées, et l’histoire a voulu que je souffre du mal de mer pendant la traversée en ferry-boat de la mer d’Irlande… Du coup, pour ne pas imposer à mon auguste hôte mon visage verdâtre (en présence d’un prince, j’essaye de ne pas jurer avec sa couronne), j’ai du me résoudre à me retrancher sur le pont arrière et regarder la trace que le navire laissait dans son sillon maritime…
Sauf qu’entre une vague et une autre vague, j’ai eu tôt fait de m’ennuyer à périr. J’ai donc sorti mon livre, et alors que le mois de février se rappelait à mes orteils, je me suis plongée dans l’histoire de Claire, Ben et Jeremy, oubliant le froid, et la houle.
Alors que je risquais la perte de mes extrémités, je découvrais avec émotion leur histoire.
 
Claire vient d’arriver dans une petite ville de l’Oregon et travaille comme dispatcher au bureau du sherif. Son fils et elle n’ont pas eu une année très facile (un mari violent assombrit le tableau du bonheur familial) et elle a décidé de prendre un nouveau départ (jusqu’à maintenant, on colle au schéma type).
Ben, un quart indien et accusé d’avoir tué un homme par le passé, est le paria de la ville. Il est le sujet de bien des ragots. Grand et intimidant, il se promène toujours avec Diablo, mi-chien mi-loup. Mais Ben a aussi été vétérinaire à Seattle, où il était marié.
Voilà pour le synopsis en deux mots.
 
Catherine Anderson a ce don pour peindre les émotions. On pourrait parfois lui reprocher de tomber très légèrement dans le pathos, avec des situations jamais simples pour les protagonistes, et on pourrait lui en vouloir d’avoir recours aux clichés qui marchent… Mais non…
Ses romans sont souvent construits sur les mêmes profils de personnages. Elle, est une petite chose quand même un peu fragile mais brave. Elle a du faire face, dans un passé très proche,  à certains revers de fortune allant du mari psychotique/violent/pervers à l’accident aux conséquences diverses (paraplégie, surdité, séquelles cérébrales…). Au début du livre l’héroïne prend un nouveau départ.
Lui est un protecteur dans l’âme. Il est parfois la victime d’injustice et travaille souvent en présence d’animaux (entre les ranchers, les vétérinaires et les éleveurs de chevaux, nous sommes servies !). Enfin, c’est bien souvent un très bel homme qui aime vivre au grand air (couper des rondins et caracoler de clôture en clôture, ça vous façonne une silhouette !). Sa rencontre avec l’héroïne va souvent lui permettre de surmonter un événement de son passé et affronter le futur avec le sourire.
 
Voilà sans doute ce qui fait le charme des histoires de cette auteur. Tout le monde a sa chance.
Lorsque quelque chose va mal dans notre vie, il se trouve toujours une « bonne âme » pour nous rappeler que cela pourrait être pire. Personnellement, ce genre d’attitude me fait grincer des dents ! D’une part, les situations sont rarement comparables, et même lorsqu’elles le sont, cette réaction va à l’encontre de l’attitude espérée : l’empathie. D’autant que le discours nous reproche souvent notre manque d’empathie pour ces femmes et ses hommes encore moins bien lotis que nous… mais revenons à notre histoire…
Si je ne devais garder qu’un mot pour décrire cette histoire, ce serait celui-là : j’ai éprouvé de l’empathie pour les personnages. J’ai eu un peu peur pour eux, même si la partie rationnelle de ma personne se raccroche toujours à la certitude du happy-end. Et même si parfois mon clichéomètre passait dans l’orange au niveau de certains dialogues, j’ai profité de cette seconde chance que Catherine Anderson sait si bien donner à ses personnages. Et j’ai refermé le livre la tête pleine d’espoirs.
 
J’ai passé mon séjour irlandais complètement aphone, mais je n’ai perdu ni mes doigts ni mon déjeuner sur cette traversée vers la verte Erin. On peut faire des erreurs, et avoir son happy-end.



Tam-Tam
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9 réflexions sur “Seconde chance

  1. Moi aussi, après le métro, la queue à la cafet' du Crous et même les cours (je sais, c'est mal), je suis passée à l'apprentissage de la lecture en marche! Mais bon, de façon peu efficace et encore très discontinue car mon parcours appart-métro doit être celui qui contient le plus de crottes de chien au cm² de tout Paris.Sinon, mis à part le froid (^^), le pont d'un bateau sur la mer en partance pour l'Irlande est un cadre qui me fait plutôt envie pour la lecture d'une belle histoire d'amour! Le contexte dans lequel un bouquin est lu joue un grand rôle dans son appréciation, non? En tout cas, pour moi, c'est le cas.=)

  2. @Dédé: oui, la crotte de chien, c'est un vrai problème…d'ailleurs aucune des histoires où le plus fidèle ami de l'homme tient un rôle (comme ici) ne mentionne ce petit désagrément!Il n'y a que dans la vraie vie que les chiens laissent des paquets odorant derrière eux et les baisers sous la pluie sont plus propices à la pneumonie qu'à la romance!Oui, le cadre est capital, perso, je ne peux pas lire aux WC…impossible, ça tue l'ambiance!

  3. Mon image de lecture idéale, ce n'est rien d'autre que mon lit, pas besoin de cheminée et encore moins de thé… Mais je lis en marchant dans le métro! J'avais bien aimé ce livre, mais c'est vrai qu'il est facile de faire une overdose de Catherine Anderson! J'aime pas que tu n'ai pas mis la couverture! :o(

  4. Et voilà, l'inconvénient de vivre dans une ville où les transports en commun ne couvrent pas ses horaires de travail c'est qu'on ne peut pas lire en conduisant (à part au feu rouge, mais il y a risque de rater le redémarrage, et par ici ils ont le klaxon facile !)

  5. @pirouette: j'ai lu certains livres de la série des kendrick et des coulters…mais celui là, définitivement pas!@Rinou: l'audiobook est ton ami!!! en ce moment, je me refais les Mackenzies de Linda Howard lorsque je suis à bord de mon carrosse

  6. Pingback: La place de l’autre | In need of prince charming

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