Toi contre moi

Je me présente, Princesse Touta, 16 bientôt 17 ans, a déjà dépassé en taille sa grande sœur, Lady V. (dont les chroniques précédentes m’ont véritablement soufflées), et concourt pour dépasser sa cousine Princesse Chi-chi (en taille, pas en talent). Bref imaginez vous une ado en pleine croissance et en quête de sens littéraire, avec une couronne d’hortensias sur la tête ainsi qu’une robe blanche à volants pour courir dans les champs. A peu de choses près, (et avec l’aide du biactol), vous pouvez m’imaginer. Je n’y connais pas grand-chose voire strictement rien en romance. Bien que rat de bibliothèque et élève de terminale L, c’est un genre de la littérature que je n’ai pas beaucoup exploré jusqu’ici (désolée Chi-Chi, toi qui m’a pourtant généreusement donné de quoi forger ma culture romantique, mais les philosophes de l’antiquité sont prioritaires sur ma liste de livre à lire pour cause d’examen national).

Des livres avec des histoires d’amour, j’en ai plein, des romans SUR les romans d’amour, nettement moins. J’ai pourtant trouvé dans ma bibliothèque quelque chose qui me semblait répondre aux  critères requises : roman, amour et happy ending. Ouf.

Toi contre moi (You against me), de Jenny Downham, avec plein de spoilers!

Mickey Mckenzie a 18 ans, un job de serveur/plongeur/mitron dans un petit pub de la banlieue anglaise, une mère alcoolique, une petite sœur qui va encore à l’école primaire et une autre sœur collégienne qui ne met plus un pied dehors depuis qu’elle a été violée lors d’une soirée trop alcoolisée. Oui, je sais, Mickey vend du rêve.

Ellie Parker a 16 ans, un parcours scolaire studieux, une belle maison de la banlieue chic voisine, des parents aimants et son frère Tom est celui qui est accusé du viol de Karyn, la petite sœur de Mickey.

Comment le protagoniste et la deutéragoniste font-ils pour s’emmêler dans les étroits liens de l’amour, me demanderiez-vous ?

Ils se rencontrent au début du roman, qui se situe quelques semaines après le viol de Karyn. Tom revient d’une courte période d’incarcération qui a fait suite à son arrestation et ses séances d’interrogatoire et en guise de welcome home (et éventuellement pour faire du lobbying, ça peut aider lors d’un procès) ses parents ont organisé une énorme fête où ils ont invités toutes leurs amis et leurs connaissances. Mickey, désespéré de voir sa sœur s’enfoncer dans un mutisme et une dépression qui l’effraie, lui promet de refaire le portrait à son agresseur. Il décide donc de s’incruster avec son meilleur ami Jacko à la fête, tel Roméo et Tybalt à la fête des Capulet, et où personne ne connait son identité. Rassurez-vous, les ressemblances avec la pièce de Shakespeare s’arrête ici. Je vous ai promis un happy ending !

Mais arrivé à la fête, c’est la déconvenue. Ellie, qui lui ouvre la porte, le prend d’abord pour un serveur. Très bien, une fois la méprise passée, Mickey est étonné de découvrir que Tom a une sœur à peine plus âgée que Karyn. Et il se sent vaguement paumé au milieu de toute cette jeunesse aisée qui se soûle joyeusement sous le prétexte du retour d’un jeune homme accusé de viol sur mineur. Après s’être un peu simplifié les idées en buvant un bon whisky, Mickey élabore le plan du siècle : sa vengeance il l’appliquera sur Ellie. Ou au moins il se servira d’elle pour arriver à ses fins…

Il repère alors la jeune fille qui fuit la bonne société qui peuple la fête, en s’étant retirée au fond du jardin où elle ressasse des idées noires (il faut aussi savoir qu’elle est en train de réviser pour ses examens à venir. ; Ellie, oh combien te suis-je solidaire). Une très lourde et très gênante tentative d’approche, dont je vous épargnerais les détails, est tentée par Mickey. Ellie l’envoie d’abord balader puis se laisse prendre au jeu. Comme le roman est une suite de chapitres alternant les focalisations internes une fois chez Mickey, l’autre fois chez Ellie, on connait le fond de la pensée de chacun des personnages au fil du récit. Ellie quand à elle ne reste pas insensible aux charmes du grand gaillard qui a le mérite de la faire rire, chose appréciable puisqu’elle n’en a pas eu beaucoup l’occasion depuis un petit moment… Mais Tom débarque, se demandant ce que devient sa sœur, Jacko est repéré en train de mettre le bazar, et Mickey décide de lever le camp. Mais avant de partir il demande à Ellie son numéro de portable. Elle refuse de lui donner mais prend le sien
(état d’esprit de la belle : ne sait-on jamais…).

Maintenant que l’intrigue est lancée, je vais vous éviter un récit chapitre par chapitre. Ellie, qui est maintenant le personnage qui nous guide dans le récit, retourne en cours après une longue période d’absence en espérant découvrir les  pouvoirs de l’invisibilité par la pensée. Elle se heurte à l’agressivité de ses camarades, et surtout à la bêtise. Puis elle quitte le lycée en coup de vent, et en vient à revoir Mickey avec qui elle se baigne en sous-vêtement en plein hiver dans une rivière en bordure  de la ville. C’est plutôt rapide pour un deuxième rendez-vous, je l’admet. Nos deux amoureux se séparent (parce que t’es bien gentille, Ellie, mais Mickey est un chef de famille qui doit gagner son pain) et Ellie ne sait toujours pas qui est Mickey. Elle sait juste qu’il travaille dans un bar près du port.

A votre avis, que fait notre jeune stalker égarée ?

Elle écume la moitié des bars de la ville jusqu’à trouver celui où travaille Mickey. Et là, elle apprend par hasard le patronyme de son mystérieux amant. Terrible désillusion, mais elle s’applique à ne rien laisser paraitre et tente quelque jour plus tard d’attirer Mickey dans un piège pour le confronter à ses responsabilités familiales. Grave erreur, Tom débarque, baston sanglante s’en suit (Ellie est quand même obligée de séparer les deux jeunes hommes à l’aide d’un karcher. Littéralement.)Et voilà, les deux amants sont décidés à ne plus jamais se revoir.

Mais nous sommes dans une histoire d’amour. Bien sur qu’ils ne peuvent résister à l’attraction sentimentale dont ils sont victimes… Ils recommencent donc à se revoir. Fuguent ensemble, même, fuyant responsabilités et révisions. Bon, en vrai, ils fuient 24h et vont se planquer dans la maison poussièreuse de la grand-mère d’Ellie, (qui elle, est en maison de retraite ; la grand-mère, pas Ellie). Ça claque moins que Tristan et Iseult se couchant nus à même les feuilles mortes dans une forêt féérique. Mais eux au moins ne sont pas obligés de respecter l’abstinence…

*rougissement et ricanements stupides de votre chroniqueuse*

Pardon. Ellie et Mickey couchent donc ensemble et l’on assiste à ce que je trouve être une plutôt belle scène de complicité et surtout de parenthèse pour eux deux quand à leurs vies pas toutes roses. Et puis c’est le retour à la vie quotidienne. Mickey se fait sévèrement remonter les bretelles par sa patronne qui le menace de licenciement et Ellie est privée de sortie.

Ellie se trouve alors face à ses cas de conscience. Après avoir couché avec Mickey, elle se demande où est la limite. A partir de quel moment s’agit-il d’un viol ? Qui de son frère et de Karyn est le responsable ? Est-ce Tom qui a ignoré les conseils d’Ellie le soir du drame ? Ou est-ce Karyn qui s’est ennivrée et n’a pas su dire non ?

« Elle a 15 ans. Elle est mineure… Laisse la tranquille, elle ne sait plus ce qu’elle fait »

« Vas te coucher, Ellie. »

Et après moult péripéties, Ellie finit par annoncer à sa famille, les yeux dans les yeux, qu’elle compte témoigner contre son frère. Oui, elle avait dit à Tom que Karyn était mineure. Oui, Karyn était endormie quand Tom s’est glissé dans la chambre où elle se trouvait.

De quelle sorte de courage faut-il s’armer pour se dresser contre celui qu’on affectionne ? contre sa famille ? en sachant que l’on aura que peu ou pas de soutient ?

Est-cela, la vraie force de l’amour ? Parfois devoir grandir, s’extraire du confortable et chaleureux cocon familial ? Je ne vois que ce seul message : aimer c’est grandir, et c’est prendre ses responsabilités.

Voici donc le happy ending promis : Karyn finit par sortir de l’appartement et vaincre sa peur de sortir, à quelques semaines du procès final. Tom déménage chez des amis de la famille, car témoins et accusés ne peuvent cohabiter sous le même toit. Avant de partir, Tom est enfin mit face à ses responsabilités et admet enfin sa culpabilité.

Opposés donc, mais pas fachés, pense Ellie. Et finalement, elle peut glisser sa main dans celle de Mickey et aller à la rencontre de Karyn sans pâlir, ni avoir à reprocher quoique ce soit à elle-même ou à d’autres.

Jenny Downham est une ancienne actrice qui s’est ensuite tournée vers l’écriture.  Elle a surtout connue la renommée grâce à son premier roman Je veux vivre (en Anglais « Before I die ». Vous pourrez constater les nuances linguistiques des traductions de titre, la version anglaise traduisant les désirs d’une adolescente malade de vouloir tout accomplir avant de mourir, et la version française impliquant plutôt un désir de survivre à la maladie. Ah, finesse des traductions…). Toi contre moi est son deuxième roman et m’a laissé la même impression : celle d’un roman avec des ados désabusés, pas très rêveurs mais ayant soif de vivre et d’être aimés. Je me retrouve plutôt bien dans ces personnages qui ont les pieds sur terre et qui pourtant sont si attachants… Est-ce que l’auteur aurait réussit ce  que d’autres spécialiste de la littérature jeunesse peinent à faire ? Peindre une jeunesse contemporaine avec réalisme et délicatesse, sans jamais tomber dans le cliché de l’adolescent ingrat (et pourtant, croyez-moi, parfois on le mérite, car ce n’est pas si loin de la réalité) et continuer à me laisser un doux sourire d’agrément quand je tourne la dernière page.  Je trouve ces romans plutôt réalistes, et pourtant ils offrent leur dose d’optimisme et de fraicheur. Well done, Jenny, Well done.

Bon, où en étions-nous, Platon ? Ah oui, à la définition de la notion de vertu.

Bonne lecture et bonne journée!

Princesse Touta

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9 réflexions sur “Toi contre moi

  1. Merci, Princesse T! Je crois que tu n’en as pas fini de lire des histoires positives, qui font réfléchir, si tu continues à suivre les conseils de Chi-Chi 😉

    Bon courage pour les révisions et les examens.

  2. Très belle chronique,(attention les princesses, la relève est assurée !). Pour ce qui est du livre je l’ai lu et il ne m’a pas laissé un grand souvenir, c’est que je n’avais pas du trop apprécier …

    Et sinon il fallait faire des maths comme ça tu aurais eu tout le temps que tu veux pour lire de la romance et pas des trucs d’affreux philosophes … 😀

  3. Jolie chronique, qui donne envie d’aller jeter un oeil sur le livre. Souci : quand on a plutôt l’âge des parents que des protagonistes, peut-on accrocher à leurs soucis ??
    Et qui m’aura appris un nouveau mot (comme quoi il n’est jamais trop tard pour apprendre !) : deutéragoniste.

  4. Merci beaucoup pour vos commentaires qui me touchent beaucoup 🙂

    Pirouette : je compte bien m’y mettre sérieusement ! … Un jour… Bientôt… Prochainement…
    *feuillette son agenda*

    Melwasul : Merci !!
    *rougit*
    Je pense que c’est comme la majorité des romans young adult, parfois on les survolte en se disant « mouais bof » puis en les relisant plus tard on y trouve des choses bien plus profondes que ce qu’on imaginait. Pour les maths oh non beurk de toute façon j’avais signé de mon sang un pacte avec Chi-chi et Lady V. selon quoi j’irais en filière littéraire. Et puis même s’ils manquent de fantaisie et de romances, les écrits de Platon, Sartre et Freud ne me sont pas si pénibles que cela!

    Laurie : Merci beaucoup ! Je ne pense pas que l’âge puisse être une barrière empêchant d’accéder au plaisir de la lecture. C’est étrange, mais il ne m’a pas semblé que leurs soucis puissent être différents de ceux d’une génération antérieure… Au contraire j’avais l’impression que Mickey et Ellie était projetés dans un monde très adultes, entre responsabilités familiales et dilemmes judiciaires et moraux. Et pour ce fameux mot, justement j’étais bien fière de le caser dans cette chronique 😉 parce que « les protagonistes » ne se dit pas, et ici, ayant deux personnages principaux, je ne pouvais me permettre d’utiliser cette formule erronée 😉

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