De l’héroine pure et innoncente

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(Réédition du 30/12/2010)

 

Aujourd’hui, je voudrais vous parler d’un cliché assez tenace de la romance : le statut « préservé » de l’héroïne. Cliché n°1 de la romance, notre héroïne doit être aussi pure que la neige fraiche, aussi blanche que la colombe innocente, aussi virginale qu’un vison d’hermine… Vous voyez le genre. Une héroïne de romance qui se respecte doit être vierge. Jusqu’au milieu des années 90, on compte sur les doigts d’une main les héroïnes qui ne remplissent pas ce critère. Même les veuves n’avaient pas consommé leur mariage, les hommes impuissants se comptant par semi-remorques entiers dans ces temps reculés… On trouvait des fausses veuves, mariées à un vieillard pour adoucir ses vieux jours, ou avec un malade à l’agonie, et même parfois un ami qui avait eu pitié d’elles lorsqu’elles attendaient l’enfant du héros qui pour une raison ou une autre les avaient quittées…

La question de la virginité a donné lieu à un échange avec Madame la Marquise, pilier du forum Les Romantiques, qui n’accepte de lire un livre qui si elle est sure que l’héroïne ne connaitra pas d’autre homme que le héros. Pour elle, la vierge garde un statut à part dans la romance, il n’y a qu’à voir la collection Azur de Harlequin, où la plupart des histoires ont des héroïnes vierges, ce qui à notre époque peut sembler bizarre. D’ailleurs, des auteurs connus et très appréciés, telles que Lynne Graham, Michelle Reid, Jacqueline Baird ou Lee Wilkinson s’en sont fait une spécialité (avec bien sûr quelques exceptions de rigueur pour confirmer la règle).

Selon Madame la Marquise, son addiction pour la romance remonte à son enfance, quand son grand-père lui racontait des contes de fées. Et, tradition allemande oblige, seulement les contes de Grimm. « Les sept chevreaux ne m’emballaient pas plus que ça, je trouvais le petit chaperon rouge très idiot, la belle au bois dormant était un peu trop vieille pour son prince, mais Cendrillon… Ah! Cendrillon, c’était la jeune fille maltraitée qui à la fin rencontre l’amour et fait un pied-de-nez à ses tourmenteurs. Dans toutes les autres histoires, parfois moins connues, la pauvre princesse devait souffrir avant qu’enfin ne s’ouvrent les bras de celui qu’elle attendait.
Et puis, le temps a passé, mon grand-père ne m’a plus raconté d’histoires, et c’est à ce moment-là que j’ai découvert mon premier Harlequin. Je venais d’avoir vingt ans. Comme j’aimais ces héroïnes qui rencontraient non pas des princes, mais des hommes beaux, pleins de charme et virils, comme je n’en avais jamais rencontré dans la réalité. Et riches en plus… Même si ce n’est pas le critère le plus important, il est bon de savoir que l’on n’aura pas de fins de mois difficiles! »

Je suis complètement d’accord avec ce point de vue, si j’apprécie tant la romance moi aussi, c’est car elle me rappelle le monde enchanté des contes de fées de mon enfance… C’est par la suite, concernant la virginité de toutes ces héroïnes que nos opinions diffèrent. Pour notre Marquise, « ces jeunes filles qui ont appris de leurs mères, tantes, aïeules ou autres qu’elles ne devaient pas se donner avant le mariage avaient des principes. Elles résistent bravement aux assauts de la gent masculine, à part à ce héros, beau, viril et plein d’allant qui finit toujours par les épouser. Ces Harlequin m’ont fait rêver, même s’il faut avouer que les scènes « hot » se bornaient, après quelques baisers appuyés, à s’allonger sur le lit, canapé, divan ou autre surface… et hop, c’était le lendemain! Cela ne me gênait pas, j’ai beaucoup d’imagination. »

De mon coté, je n’ai pas d’objections à ce que l’héroïne ait connu d’autres hommes, chacune ayant sa propre histoire, il suffit qu’elle soit cohérente. Je suis bien plus perturbée par les retrouvailles ou, pire encore, par les ex « parfaits », ceux dont l’ombre plane sur le nouveau couple, quand il semble que le héros ne sera jamais à la hauteur de ce premier amour… Et surtout, il me paraît assez irréaliste de croire aujourd’hui que toutes les jeunes filles attendent le mariage. En tout cas, pas dans tous les livres, pas systématiquement! D’ailleurs, les auteurs se sont bien adaptés à l’air du temps, puisque la vierge se fait plus rare en romance.

C’est pourtant un critère qui garde ses fidèles. Même mariée, avec des enfants, même en ayant pris quelques années, et malgré le fait que, petit à petit, toutes les branches de la romance aient été envahies par de vraies veuves ou autres jeunes filles « ayant vu le loup », après plus de trente ans de lectures, Madame la Marquise reste une inconditionnelle de l’héroïne pure et innocente (avec tout de même l’exception des héroïnes ayant fauté avec le héros avant le mariage!). Elle a développé des techniques de sioux pour ne pas se tromper, dénicher des lectures répondant à ses critères, sonder les résumés, et surtout, surtout, demander l’assistance d’autres lectrices assidues! « En fin de compte, dans cette époque où la virginité n’a plus de valeur, je suis resté cette petite fille qui écoutait les histoires de son grand père… Ces derniers temps, je lis des romans en allemands, dans le genre des Série Royale, et je retrouve avec plaisir ces protagonistes qui se cherchent, se désirent et s’aiment, sans presque se toucher ni même s’embrasser ».

Sans tomber dans le cliché facile de l’héroïne de Barbara Cartland, grande prêtresse de la jeune vierge effarouchée, il y a un certain charme suranné dans une histoire où les héros exercent une certaine retenue l’un envers l’autre! Et même s’il paraît normal que les auteurs s’adaptent à l’air du temps, il est heureux de voir qu’il y en a encore pour tous les gouts, vierges ou non… Et vous, est-ce un critère qui a de l’importance à vos yeux?

Tiens, tant qu’on est sur le sujet, ma résolution pour 2011 sera de vous préparer un article sur les héros vierges, la prochaine fois…

On se retrouve l’année prochaine pour de nouvelles aventures,

Chi-Chi

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16 réflexions sur “De l’héroine pure et innoncente

  1. Charmant billet.
    Mercredi, j’ai mis un A§P dans mon chariot. Je n’en prenais plus car les derniers m’ont beaucoup déçue et que je n’étais plus dans une phase Force Rose.
    Alors sur ce coup, je tiens à vous informer les Princesses, que j’ai bien aimé « Au-delà de l’innocence » de Emma Holly. L’héroïne est pure, très innocente, fille de pasteur, elle rougit facilement, mais elle a du cran et elle est avide d’expériences…
    A bientôt !

      • :/ j’avoue ce n’est pas pratique… j’apprécie ma chance pour le coup, mais pour les premiers, il y a 15 ans, je comprenais la moitié (voir le quart) des histoires, c’est vraiment venu à force d’acharnement!

  2. Aaaah vaste sujet !
    J’adore la RH justement parce que la moindre caresse provoque un bouleversement pour l’héroïne innocente ^^. Pour ce genre, je préfère donc largement les histoires où elle est vierge, mettant de côté celles où elle est veuve ou déshonorée 😉
    En revanche, pour les rares fois où je lis des RC, une héroïne vierge ne me paraît totalement pas crédible, ce n’est pas adapté à notre époque.

    • Oh, il arrive quand meme, à notre époque, qu’une femme choisisse d’attendre, pour des raisons diverses… J’en connais personellement, du coup, à défaut de trouver que les hordes de la romances sont crédibles, elles ne me paraissent pas competement hallucinantes non plus…

  3. La question mérite réflexion… Ce n’est pas le critère primordial à mes yeux, je peux tout aussi bien lire une romance mettant en scène une héroïne non vierge. Mais c’est vrai que, quelque part, la virginité apporte un je-ne-sais-quoi de charmant, touchant… et aussi un parfum d’érotisme, lorsque l’héroïne découvre la sensualité. Alors non, ce n’est pas LE critère de mes lectures, mais oui j’aime beaucoup ! Et pour l’instant, dans mes romances, j’ai privilégié les héroïnes vierges… La suivante le sera aussi, mais ce n’est pas synonyme d’innocence ! ^^

  4. Les héros vierge… tu as tenu ta résolution? car je crois que je n’en ai jamais croisé un dans mes lectures 🙂 ou alors tu taquines tes lecteurs 🙂

    • Avec l’article d’aujourd’hui, et tous les héros vierges que nous avions déjà chroniqué, tu n’en avais pas rencontré? C’est que tu as mal fait tes devoirs! 😉

  5. Personnellement peu m’importe. Mais j’ai quand même du mal avec les héroines vierges à 29 ou 35 ans dans les romances contemporaines. Moi aussi je connais des personnes n’ayant pas fait l’amour avant ces âges, que cela soit voulu ou non. Donc je sais que ce n’est pas complètement irréaliste. Mais souvent les héroines en question apparaissent plus cruches qu’intéressantes. Comme si être vierge voulait dire être niaise. Et là je ne suis pas d’accord. 🙂
    Par contre effectivement, la virginité est presque une obligation dans un historique. Je connais même un ou deux bons bouquins où l’absence de virginité de l’héroine au mariage est le ressort principal de l’intrigue. Ca me donne envie de les relire tiens. 🙂

    • C’est vrai, trop souvent l’auteur assimile la virginité avec une innocence générale alors qu’on pourrait avoir des héroines intéressantes et la virginité n’etre qu’une partie de leur personnalité au lieu d’en faire LE probleme de leur vie!!!

      Et tu penses à quels livres en historiques?

  6. quel sympathique billet, j’ai beaucoup ri en lisant le premier paragraphe mais tout cela est bien vrai 😉 Quoique j’ai lu récemment la saga des Carsington et le choses semblent avoir évolué depuis 🙂

  7. Pingback: Unclaimed – Turner #2 | In need of prince charming

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