Les Piliers de ma bibliothèque

 
Il était une fois une princesse lycéenne, à qui son parrain (qui n’était pas magicien, non…) envoyait des livres (en voilà un qui avait tout compris !).
 
Amazon en était à ses balbutiements, et internet n’était pas encore présent au château. Mais déjà, je goutais les délices de la réception du colis littéraire, et je me souviens encore du premier colis que j’ai réceptionné.
En ce matin d’automne, le facteur avait délivré un Colissimo à mon intention. Quelques livres venus de loin pour marquer le passage d’une nouvelle année – traduction, c’était mon anniversaire, oui, même les princesses en ont un !
 
J’ai découvert dans l’intimité de ma chambre au lit simple les livres qui allaient rythmer mes soirées pendant les prochaines semaines. Et après une étude attentive des 4èmes de couverture, j’ai jeté mon dévolu sur le livre de Ken Follet, « Les piliers de la terre ». 
 
Et puis… j’ai lu le prologue… qui ouvre sur une pendaison… et une malédiction faite au sang de poulet…
J’étais jeune et impressionnable à l’époque, et les 1060 pages que représente l’ouvrage m’ont tout à coup fait peur. Je l’ai donc reposé. 3 semaines plus tard, j’avais épuisé ma PAL. Nous étions dimanche soir, il pleuvait, ma sœur (3 ans à l’époque) avait décrété qu’elle voulait regarder Pingu pour la millionième fois consécutive, et mes devoirs étaient bouclés…
Je me suis donc résolue à retenter les Piliers… Sans relire le prologue (vous connaissez l’histoire, le vieux singe, les grimaces…).
Bilan, j’ai dormi 3 heures. Mais seulement parce que le lendemain, j’avais dissertation d’allemand en première heure et que je voulais quand même pouvoir écrire droit…
 
Ce livre, je l’ai relu de nombreuse fois depuis. La tranche est usée par le temps, certaines  pages témoignent des gouters, petits-déjeuners et autres repas que j’ai pris le nez plongé dans cette histoire.
En un mot comme en cent, ce livre, je l’aime d’amour !
 
Et en ce week-end pluvieux/neigeux où la fièvre a gagné mon organisme, où ma voix s’est faite chevrotante et où mes yeux ont cet éclat fiévreux que l’on attribue aux grands malades et au Chat Potté, quoi de mieux que le retour aux vieilles valeurs pour le post du lundi?
 
Ce livre est une tranche d’histoire. C’est l’histoire d’une cathédrale à l’aube de l’ère gothique flamboyante, alors que l’Angleterre subissait une guerre d’accession au trône et que le Pape déclarait la Deuxième croisade. 
C’est l’histoire d’une cathédrale et de la vie aux alentours. Car une cathédrale n’est pas seulement une œuvre à la gloire de Dieu, c’est un instrument de pouvoir. Qui dit cathédrale, dit pèlerins, commerces, travail, taxes, renommée, influence… C’est une œuvre d’art, c’est un monument à l’épreuve du temps et une marque que l’homme laisse, sinon pour l’éternité, du moins pour quelque chose s’en approchant.
 
Cette cathédrale est le poumon de ce livre, et les bâtisseurs qui lui permettront de s’élever, fière et gracile dans le ciel anglais sont le cœur de l’histoire.
 
Elle semble même être le point d’ancrage des décisions qui font l’Histoire avec un grand « H ». Son existence même est fonction des alliances et mésalliances des divers puissants qui influencent la vie des plus humbles.
Les personnages  du roman deviennent de vieilles connaissances, des amis que l’on connait depuis des lustres. On les appelle par leurs prénoms. Il y a Tom, Ellen, Jack, Martha, Aliena, Richard, Phillip… Et comme tous nos amis, nous leur souhaitons le meilleur, tremblons nous aussi de peur devant les épreuves que ces derniers affrontent. On vibre à la découverte de certaines scènes. On s’offusque devant l’injustice du monde médiéval, on s’émerveille à la naissance des sentiments de certains. Jack et Aliena, ou l’histoire d’amour la plus méritante qu’il m’ait été donné de lire. Car le sort en a contre eux, des obstacles en veux-tu en voilà! Aliena est fille de comte, Jack est fils de hors-la-loi. Et cela, mes amis, n’est que le début des ennuis…
 
Car rien n’est acquis d’avance. Et le chemin sera long pour Jack, Aliena, Phillip et tous les autres, pour qu’enfin cette cathédrale tant rêvée voit le jour. Elle emmènera Jack aux confins de l’Andalousie, elle poussera Aliena à braver le regard des autres pour vivre la promesse faite à son père tout en restant fidèle à son cœur. Elle demandera à Phillip une ferveur et une foi sans faille pour la construction aboutisse. 
Elle demandera à tous des sacrifices, même à nous, lecteurs, qui souffrirons  (en silence?) à la lectures des difficultés qui viendront croiser le chemins de nos amis…
Mais ne vaut-elle pas au centuple ces sacrifices ?
 
En refermant ce livre, j’ai toujours l’impression d’avoir été le témoin d’un miracle.  Le miracle de la volonté des hommes face à l’adversité. Le miracle de la volonté des hommes de réaliser leurs rêves. Le miracle de la volonté des hommes s’unissant autour d’une cause qu’ils estiment être juste, belle et supérieure à eux.
A chaque lecture, je me rappelle qu’au bout du compte, les bâtisseurs, les commanditaires, et tous les acteurs de la construction s’effacent devant la majesté de l’œuvre – et il n’est nul besoin d’être croyant pour apprécier la beauté de Notre-Dame, n’est-ce pas ?
 
Ce livre me rappelle que l’Histoire est faite de miracles. Sinon, comment expliquer que la date de la bataille de Marignan soit si facile à retenir ?
 
Laissez vous tenter par cette histoire, et racontez-moi combien le chemin, bien que dur, a été merveilleux !



Tam-Tam
 

De l’art de gérer la déception

Vous vous souvenez, il n’y a pas si longtemps, je parlais de l’importance de prendre des risques pour découvrir de nouveaux auteurs? Eh bien, après une série épouvantable de mauvais livres, romances ou autres, j’avais fini par décider de me tourner vers une valeur sure. Lisa Kleypas. Après l’avoir découverte (merci La loterie de l’amour – Derek restera toujours un de mes petits chéris), elle était devenue une incontournable à mes yeux. Et ce n’étaient pas ses séries récentes, les Wallflowers, les Hathaway, qui allaient me faire changer d’avis!
Seulement voilà, depuis quelques temps, Lisa a changé. Elle s’est essayée au contemporain. La série des Travis, vraiment, je n’étais pas tentée. Écrite à la première personne, un contexte dont je ne suis jamais vraiment fan, quelques critiques mitigées sur les forums… Et puis je me suis lancée, j’ai pris le risque. Sugar Daddy n’était à mes yeux pas une réussite, mais pas une catastrophe non plus. Je n’ai pas insisté, et je n’ai pas lu la suite de la série. Pas pour l’instant en tout cas, ma pile de livre à lire est déjà assez importante!
Et puis, la semaine dernière, j’ai voulu prendre un autre risque, je me suis dit que je devais continuer d’avoir confiance en Lisa. Le facteur m’a donc gentiment apporté Christmas eve at Friday Harbour, premier tome de sa nouvelle série.
Cadeau empoisonné, que je vais spoiler allègrement, soyez prévenus!
Ce tout petit livre de 211 pages est plus proche de la nouvelle que du roman. Et Lisa n’est pas une bonne nouvelliste, si j’en crois ce que je viens de lire! Tout était réuni pour annoncer un ratage…
Mark, le héros est si impressionnant que, une semaine après la lecture, j’ai du reprendre mon exemplaire pour vérifier si il s’appelait Mark, ou Matt, ou Mike. Oui, j’ai vraiment été marquée par ce personnage. En dehors de ça, je serais bien incapable de vous dire s’il est sympathique, s’il a des hobbies dans la vie, s’il est drôle, ou sportif, s’il collectionne les canards empaillés ou s’il sait tricoter. Rien, le vide total. Aucune substance, une coquille vide. A mon avis, un robot à la solde de l’auteur, pour donner la réplique à notre héroïne.
Tiens justement, parlons-en de cette héroïne! Maggie… Il faut savoir qu’au début du livre, Mark se retrouve en charge de sa nièce orpheline de 6 ans, Holly. Et depuis la mort de sa maman (la demi-sœur de Mark donc), Holly ne parle plus. Les psys n’ont rien pu y faire, MAIS, Maggie a un pouvoir magique. Ça, ou elle est la réincarnation de la maman défunte, parce que 12 secondes après avoir rencontré Maggie, Holly se remet à parler, comme si de rien n’était! Les psys ont dit de faire comme si tout était normal, alors Mark prétend que rien d’exceptionnel ne s’est passé, parce que c’est un type bien et qu’il ne veut que le bonheur de sa nièce. C’est tout à son honneur.
Ah mais au fait, Holly voudrait une maman à Noël, comment faire? C’est simple, Mark se dit qu’il n’a qu’a épouser sa petite copine, dont il n’est pas vraiment amoureux, mais si c’est pour le bien de Holly, tous les sacrifices sont bons, non? Seulement voilà, Mark veut tout savoir sur Maggie, il est fasciné par elle (après 7 minutes de conversation). Son plan soigneusement élaboré va donc légèrement dérailler, d’autant que Maggie, qui est veuve, n’a aucune intention de s’investir dans une relation, et ne veut surtout s’attacher à personne, parce qu’elle ne veut pas risquer d’avoir le cœur brisé de nouveau. Ce qui ne l’empêche pas de débarquer quand Holly est malade (à ce stade, elle l’a rencontrée 2 fois, 10 minutes à chaque fois), ou de plaquer sa famille à la dernière minute le jour de Thanksgiving pour dîner avec eux! Logique à tout épreuve si vous voulez mon avis…
Et donc, en moins de 200 pages, et moins de 3 mois, Mark va réussir à convaincre Maggie de l’épouser, juste à temps pour réaliser le vœu de Holly le matin de Noël! J’ai beau savoir que le happy-end est une obligation en romance, et apprécier cette certitude, ici, j’ai eu la sensation que l’auteur essayait de me faire avaler des couleuvres toutes plus grosses les unes que les autres, pour m’amener à une conclusion dont je n’avais absolument rien à faire, tant les personnages qu’elle me présentait étaient fades et inconsistants!
Ajoutez à cela que Mark est pourvu de deux frères qui ne semblent pas avoir d’autre rôle que celui de potiches décoratives, en attendant que Lisa puisse écrire leur histoire dans les tomes suivants, et des descriptions à n’en plus finir du paysage, de la boutique de Maggie, de la maison de Mark, de son métier… Par contre, pas la moindre conversations entre nos protagonistes (mais on nous dit fréquemment à quel point ces conversations sont passionnantes, j’aurais bien aimé en profiter moi aussi, cela aurait animé un peu toutes ces descriptions). J’ai du me contenter de 50 lignes sur les reflets du coucher de soleil sur la baie, 70 sur les divers travaux de maçonnerie à envisager pour ravaler la façade de la demeure familiale de Mark, 35 sur l’arôme du café que Mark apporte à Maggie, et j’en passe… Proprement palpitant tout cela, moi je vous le dit!
Tout au long du livre, je n’ai pu me débarrasser de la sensation désagréable que j’avais déjà lu cette histoire ailleurs, en mieux. Et j’ai trouvé : la série des frères Quinn de Nora Roberts! Que je vous recommande vivement, soit-dit en passant, je ne voudrais pas que vous repartiez les mains vides, sans idées à ajouter à la liste de vos livres à lire!
C’est en discutant avec Tam-Tam que la lumière s’est faite en moi. Lisa Kleypas a écrit un mauvais Nora Roberts! Et Nora Roberts peut parfois écrire de très mauvais livres, ce n’est pas un auteur vers lequel on peut se diriger aveuglément…
Les fans inconditionnels me pardonneront ma chronique un peu acide, la déception de ce livre aura été proportionnelle à l’affection que je porte à Lisa en temps normal. Hélas, ce n’est pas encore cette semaine que je vais rompre la malédiction des livres nuls qui me poursuit en ce moment!
Chi-Chi

Seconde chance

Le cerveau est une chose vraiment formidable, un petit malin a déterminé qu’à la question « pensez à  un outil et une couleur », 99%  des gens pensent à un marteau rouge…C’est fou ce que les statistiques peuvent nous faire découvrir ! 
 
Si vous deviez, là, maintenant, tout de suite, vous imaginer en train de lire, comment seriez-vous installés ?
 
Confortablement pelotonné dans un fauteuil, une couverture bien moelleuse pour garder vos petits orteils délicats bien au chaud, et une tasse de thé à portée de main ? 
Ou dans un jardin ensoleillé, allongé avec délice dans un transat à l’ombre d’un chêne centenaire, un thé glacé à portée de main ?
Vous sauriez, j’en suis sûre, me donner bien des variantes de ces scénarios, mais tous ont néanmoins un point commun : le calme.
 
Pourtant le calme requit pour lire est une chose toute relative. J’en veux pour preuve les  nombreux autres lieux qui sont propices, parfois sans le savoir, à la lecture :
- les moyens de transports : bus, voiture, métro, avion, ferry, pousse-pousse, dos d’éléphant…
- les lieux d’attentes : chez le dentiste, sur les toilettes, dans la file d’attente de la poste à l’heure de pointe, dans les embouteillages de l’A20 le week-end du 14 juillet…
Certaines personnes ont même développé des techniques de snipers pour lire : devant le fourneau en surveillant la sauce tomate, en faisant le ménage, en pédalant sur un vélo, sous l’eau (audiobook + lecteur waterproof, true story). Personnellement je lis en marchant, sur des trajets dont je connais le moindre caillou et où les voitures sont rares…


Au bout du compte, ce sont de nombreuses minutes de lecture que je gagne par jour, et finalement, sur le temps moyen que je passe à lire par semaine, je pense passer 5% de ce temps confortablement assise dans un fauteuil moelleux…
 
La force de mon addiction, plus grande que le danger qui me guette au coin de la rue (un nouveau panneau que la DDE aurait installé sournoisement pendant la nuit) ou que  le bruit du bébé qui hurle à deux sièges de ma place… Vous combinez le cerveau (et sa capacité d’abstraction) à l’habitude, et vous avez une arme surpuissante de lecture intensive ! 

Prenez un parisien bibliovore moyen. Ce dernier part tous les jours pour son travail à 7h42. Il en a pour 45 minutes de trajet, dont 16 stations de métro, qu’il a 90% de chance de faire debout. Et bien, debout en équilibre, le nez dans son livre, il sera néanmoins capable de savoir à quel moment il sera temps pour lui de descendre de la rame. Qu’importe si, à ce moment précis, lui est révélé la véritable identité du père du héros, apprenant par là même que le psychopathe qui a tué toutes les femmes de sa famille à l’âge de 26 ans et 25 jours est en fait son cousin issu de germain échangé au berceau et élevé par les loups du Gévaudan… Non, la force de l’habitude a ancré son trajet dans sa mémoire, et c’est sans doute avec un brin de regret qu’il se dirigera vers l’ascenseur en panne de la station Lamarck-Caulaincourt…
 
Le livre que je vais vous présenter aujourd’hui, je l’ai lu dans des conditions d’extrêmes ! J’ai risqué les engelures, bravé le vent et la pluie, luté contre l’hypothermie…Tout ça pour Caresse Indienne (Only by your touch), de Catherine Anderson.
J’avais rendez-vous avec le prince des fées, et l’histoire a voulu que je souffre du mal de mer pendant la traversée en ferry-boat de la mer d’Irlande… Du coup, pour ne pas imposer à mon auguste hôte mon visage verdâtre (en présence d’un prince, j’essaye de ne pas jurer avec sa couronne), j’ai du me résoudre à me retrancher sur le pont arrière et regarder la trace que le navire laissait dans son sillon maritime…
Sauf qu’entre une vague et une autre vague, j’ai eu tôt fait de m’ennuyer à périr. J’ai donc sorti mon livre, et alors que le mois de février se rappelait à mes orteils, je me suis plongée dans l’histoire de Claire, Ben et Jeremy, oubliant le froid, et la houle.
Alors que je risquais la perte de mes extrémités, je découvrais avec émotion leur histoire.
 
Claire vient d’arriver dans une petite ville de l’Oregon et travaille comme dispatcher au bureau du sherif. Son fils et elle n’ont pas eu une année très facile (un mari violent assombrit le tableau du bonheur familial) et elle a décidé de prendre un nouveau départ (jusqu’à maintenant, on colle au schéma type).
Ben, un quart indien et accusé d’avoir tué un homme par le passé, est le paria de la ville. Il est le sujet de bien des ragots. Grand et intimidant, il se promène toujours avec Diablo, mi-chien mi-loup. Mais Ben a aussi été vétérinaire à Seattle, où il était marié.
Voilà pour le synopsis en deux mots.
 
Catherine Anderson a ce don pour peindre les émotions. On pourrait parfois lui reprocher de tomber très légèrement dans le pathos, avec des situations jamais simples pour les protagonistes, et on pourrait lui en vouloir d’avoir recours aux clichés qui marchent… Mais non…
Ses romans sont souvent construits sur les mêmes profils de personnages. Elle, est une petite chose quand même un peu fragile mais brave. Elle a du faire face, dans un passé très proche,  à certains revers de fortune allant du mari psychotique/violent/pervers à l’accident aux conséquences diverses (paraplégie, surdité, séquelles cérébrales…). Au début du livre l’héroïne prend un nouveau départ.
Lui est un protecteur dans l’âme. Il est parfois la victime d’injustice et travaille souvent en présence d’animaux (entre les ranchers, les vétérinaires et les éleveurs de chevaux, nous sommes servies !). Enfin, c’est bien souvent un très bel homme qui aime vivre au grand air (couper des rondins et caracoler de clôture en clôture, ça vous façonne une silhouette !). Sa rencontre avec l’héroïne va souvent lui permettre de surmonter un événement de son passé et affronter le futur avec le sourire.
 
Voilà sans doute ce qui fait le charme des histoires de cette auteur. Tout le monde a sa chance.
Lorsque quelque chose va mal dans notre vie, il se trouve toujours une « bonne âme » pour nous rappeler que cela pourrait être pire. Personnellement, ce genre d’attitude me fait grincer des dents ! D’une part, les situations sont rarement comparables, et même lorsqu’elles le sont, cette réaction va à l’encontre de l’attitude espérée : l’empathie. D’autant que le discours nous reproche souvent notre manque d’empathie pour ces femmes et ses hommes encore moins bien lotis que nous… mais revenons à notre histoire…
Si je ne devais garder qu’un mot pour décrire cette histoire, ce serait celui-là : j’ai éprouvé de l’empathie pour les personnages. J’ai eu un peu peur pour eux, même si la partie rationnelle de ma personne se raccroche toujours à la certitude du happy-end. Et même si parfois mon clichéomètre passait dans l’orange au niveau de certains dialogues, j’ai profité de cette seconde chance que Catherine Anderson sait si bien donner à ses personnages. Et j’ai refermé le livre la tête pleine d’espoirs.
 
J’ai passé mon séjour irlandais complètement aphone, mais je n’ai perdu ni mes doigts ni mon déjeuner sur cette traversée vers la verte Erin. On peut faire des erreurs, et avoir son happy-end.



Tam-Tam

Une histoire de patates

Une fois n’est pas coutume, je vais parler d’un succès populaire récent : Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates (The Guernesey litterary and potatoe peel pie society) de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows. Voilà un livre qui a énormément fait parler de lui quand il est sorti, et que j’ai lu très vite. Il m’aura seulement fallu du temps pour savoir comment vous en parler le mieux possible.

Tout commence en 1946, quand Juliet, écrivaine en panne d’inspiration, reçoit une lettre de Guernesey. Sur cette petite île anglo-normande se trouve un club de lecture, que ses membres ont baptisé « le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates ». Durant l’Occupation, quelques habitants de l’île avaient prévu un soir de braver le couvre-feu pour partager un cochon grillé du marché noir et une tourte aux épluchures de patates. Sur le point d’être découverts par une patrouille allemande, ils prétendent alors s’être réunis pour discuter d’un livre. Et une fois le mensonge énoncé, il faut bien continuer à donner le change. C’est ainsi que, semaines après semaines, ces habitants qui n’avaient pas forcément grand chose en commun se sont réunis pour discuter littérature. Et c’est cette anecdote que l’un d’entre eux raconte, dans une première lettre envoyée à Juliet qui, intriguée, s’empresse de répondre, et d’établir une correspondance avec ces gens. De lettre en lettre, chacun des membres du club lui dévoilera un pan de l’histoire.

Cette histoire, c’est la leur, bien sur, leur vie quotidienne, les duretés de l’occupation dans une île coupée de tout, délaissée par l’Angleterre. Mais c’est aussi l’histoire d’Élisabeth, personnage fédérateur, disparue pendant la guerre. Cela devient enfin l’histoire de Juliet, qui, ayant trouvé le sujet de son prochain livre, quitte Londres pour Guernesey.

Ce qui m’a le plus marquée dans ce livre, c’est l’opportunité d’avoir une fenêtre ouverte sur une facette méconnue de la Seconde guerre mondiale. J’aime les histoires, j’aime aussi l’Histoire. Mais il est rare que je rencontre des livres qui réussissent à me parler des deux sans que ce soit au détriment de l’un.

Ici, il s’agit de notre historie récente. Nous connaissons tous des gens qui l’ont vécue. Certains en parlent, d’autres pas. Le plus souvent, on n’en parle pas. Ce que l’on sait de la guerre, c’est ce que l’on en a appris à l’école, ce que les médias nous communiquent. Une suite de batailles et de conflits politiques, une énumération de dates et de faits marquants. La Shoah. Ne vous méprenez pas, ce sont des choses importantes à connaître. Mais trop souvent, on ne sait rien de tout le reste : le quotidien vécu par des millions de gens, ceux qui sont restés, les femmes, les enfants, les plus âgés.

C’est toute la subtilité de ce livre : m’en apprendre plus sur l’Histoire sans me donner l’impression de lire une leçon. Me parler d’une facette méconnue de cette période. Les protagonistes de ce livre ne sont pas des soldats, des résistants, des collabos. Ce sont des fermiers, des voisins, qui font chacun du mieux qu’ils peuvent.

Écrit avec une plume grave mais légère, drôle et tendre, ce roman épistolaire est pour moi une lecture incontournable, mêlant histoires d’amitié, histoire d’amour et Histoire, dans un style un peu suranné mais tellement charmant…

Si vous avez le choix, n’hésitez par à le lire en anglais, car malgré la qualité de la traduction, un peu de sa saveur se perd en passant au français. Inutile de vous rappeler tout le bien que Tam-Tam et moi-même pensons de la VO en toutes circonstances!

 
Bonne lecture,
Chi-Chi 
 

Géométrie analytique de la série

Ce samedi, je réceptionnais un colis Amazon contenant les deux premiers tomes d’une série dont j’espère vous vanter bientôt les mérites. Deux jours plus tôt, après lecture de l’article de Chi-Chi, je devenais accro à la série White Collar. Hier dans la nuit, un personnage fort patibulaire essayait de me voler mon carrosse, abimant le barillet de ma serrure et apportant la touche finale à une longue série de d’infortunes.
La loi des séries est partout…
Je ne reviendrais pas sur l’intérêt d’une série littéraire, d’autres l’ont fait avant moi. Néanmoins, je  m’interroge. Comment une série fonctionne-t-elle ? Celui qui me répond, tu prends un premier tome, tu lui accoles 4 autres livres qui se suivent et tadaaa voilà une série, il sort !
Non, ma question porte plus sur le fonctionnement de la série en temps qu’œuvre complète.
Un fait extraordinaire a en effet été porté à mon attention : rares sont les gens à commencer une série par un tome au hasard. Par ailleurs, s’il n’est pas rare de trouver des personnes assumant parfaitement ne pas avoir aimé tel ou tel tome dans une série, elles ne nieront pas non plus les avoir lus, ne serait-ce que parce que l’histoire suivait le livre d’avant et précédait celui d’après.
Comme quoi, suivre une série, c’est mathématique. Il est entendu qu’une série commence par le premier tome… et se poursuit dans l’ordre (et la discipline) croissant des livres.
J’en ai donc tiré les conclusions suivantes : une série, bien que composée de plusieurs livres aux personnalités individuelles, est une entité à part entière. Les tomes pris dans leur ensemble forment une nouvelle œuvre à apprécier.
Il existe deux corolaires à ce théorème :
- Si l’on apprécie une série dans son ensemble, il ne sera pas rare d’en avoir un tome préféré. J’ai un tome préféré dans la série des Hathaway et des Bridgerton, ce qui ne m’empêche pas de chanter les louanges de ces séries dans leur ensemble.
- Si une série dans son ensemble ne sait retenir votre attention, il vous sera difficile d’en retenir un tome, fut-il bon.
C’est une alchimie délicate, la série. Ma grand-mère vous ferait sans doute l’analogie culinaire avec la mayonnaise…
D’où mon interrogation ? Une bonne série, c’est quoi ?
Afin de parfaire ma démonstration, j’ai relu la série des frères MacKade, de notre très chère Nora Roberts, laquelle est une coutumière du fait. Les séries, sagas et autres trilogies sont presque devenues sa marque de fabrique ! Et je suis bien placée pour le savoir, ayant déjà avoué au public la monomanie dont j’ai souffert il y a quelques années pour cette auteur…
En refermant le dernier tome, j’ai réalisé que certaines séries de l’auteur ne fonctionnent pas (le quatuor MacKade n’en fait heureusement pas partie), et que, malgré les années, ce cordon bleu de la série peut encore rater une mayonnaise !
Mais aujourd’hui est un jour de logique, voici donc mon théorème de la réussite :
Une série fonctionne si, et seulement si, l’auteur nous présente un très bon premier tome, de très bons personnages secondaires/futurs héros et un très bon fil conducteur.
Dans le premier tome, l’auteur nous appâte. Un bon premier tome est capital. C’est le déclencheur de notre envie de lire la suite. Si le deuxième tome le surpasse, c’est encore mieux, car le lecteur n’aura alors de cesse de mettre ses mains sur les suivants (quitte à le faire passer à la VO). Il faut rendre le lecteur dépendant.
Chez les MacKade, le premier tome suit le manuel à la lettre. Outre la rencontre des personnages, Rafe et Reagan, la romancière plante le décor dans une petite ville avec ses ragots, ses piliers de bars et ses légendes locales. Sur fond d’histoire de guerre de sécession et saupoudré d’un zeste de fantomatique, elle place ça et là des indices qui nous interpellent, nous font hurler intérieurement « mais que va-t-il se passer !?! » – NDLR : à la relecture, mes ardeurs étaient bien plus modérées, mais à l’époque j’ai hurlé ! Je me souviens de mon impatience à l’achat de l’opus suivant, mon angoisse avant de le trouver…
Une bonne histoire n’est pas suffisante car « une bonne histoire » peut se découvrir dans un « one shot ». Non, il faut aussi de très bons personnages, tous liés les uns aux autres de manière rationnelle. Dans une série de 4 livres, vous aurez donc minimum 8 personnages centraux qui a un moment ou un autre ont été des personnages secondaires. L’idéal est d’en avoir d’autres afin de ménager le suspense et rendre les choses plausibles. Les personnages doivent avoir une histoire, une famille, des amis. L’histoire d’un ermite rencontrant une solitaire est assez délicate à faire durer sur plusieurs livres… et tout personnage catapulté dans l’œuvre fera l’effet d’un cheveu sur la soupe.
Et puisqu’on parle de recette, notre auteur a sa recette personnelle pour ses protagonistes. On retrouve souvent les même « profils » :
Il y a le mauvais garçon, l’artiste, la douce aimante/petite chose fragile, le col blanc au physique de charpentier, la beauté fatale, la fille-mère, le serviteur de l’ordre, l’amoureux de sa terre, la scientifique, le voleur, l’indépendante, le charmeur, le cerveau… Il est bien entendu qu’un seul personnage peut porter plusieurs casquette et que les genres sont interchangeable.
Ce qui nous donne ici Rafe, mauvais garçon revenu au pays, au sourire ravageur ,qui tombe sous le charme de Reagan, la beauté glacée traditionnelle à l’esprit indépendant.
Le second couple est formé de Savannah, fille-mère, un corps à damner un saint, de longues boucles qui dégringolent avec sensualité dans son dos (rahhhhh… la garce), qui se laisse prendre au jeu de Jared, l’avocat de la fratrie.
En troisième position arrive Devin, le sherif de la ville. C’est un faux calme intimidant mais qui cache un fond aussi tendre qu’un nounours à la guimauve. Ce dernier est amoureux depuis toujours de Cassie fraichement divorcée de son violent mari.
Enfin on assiste à la chute de Shane. Et l’instrument de sa chute se nomme Rebecca, scientifique brillante dont le cerveau sur-développé lui assure un certain nombre d’années d’avance sur ses compatriotes au niveau académique, mais un certain nombre d’années de retard sur le plan relationnel.
Sans parler bien sûr de tous les autres personnages qui gravitent autour de nos héros : la commère locale toujours au courant de la dernière rumeur, une tripotée d’enfants et de bébés cadum, un méchant facilement détestable, une patronne de café haute en couleurs et saturée de nicotine, un bar local avec son billard et son tenancier…
Enfin, pour rendre le tout cohérent, il est essentiel d’avoir un fil conducteur. Il permet au lecteur de se laisser porter par une histoire de fond tandis que les personnages évoluent autour d’un problème central. Nul besoin d’aller très loin pour trouver le fil parfait, il suffit d’un mystère à résoudre, d’une vengeance à accomplir, d’une enquête à mener, ou tout simplement une histoire de famille à suivre.
Car s’il est évident dès le prologue que la conclusion se fera sur un happy-end, le chemin emprunté pour arriver à cette conclusion est lié au fil conducteur. Le chemin suivi par les personnages est une conséquence de l’histoire par-delà leur histoire. Chez les MacKade, Nora Roberts joue sur plusieurs tableaux, avec une fratrie à découvrir, la petite ville  d’Antietam à explorer et une légende locale à dévoiler – La légende des deux caporaux.
Mais ne comptez pas sur moi pour vous dévoiler le mystère de ces deux soldats. Allez plutôt le découvrir par vous-même !
Bonne Lecture
Tam-Tam
PS: pour ceux qui s’interrogent, l’image est une illustration de la bataille d’Antietam durant la guerre de Sécession.

Gentleman cambrioleur

Il était une fois une princesse qui avait attrapé la grippe… Confinée chez elle, avec l’interdiction de sortir, elle faisait passer le temps en regardant des séries télés. Beaucoup de séries télés. Parce que les livres demandent trop de concentration quand on est malade… C’est ainsi que j’ai découvert récemment une série qui s’appelle White collar. Le héros est un malfrat pas vraiment repenti, qui se retrouve « obligé » de travailler pour le FBI. Et il faut bien l’avouer, au-delà du physique plus que charmant de l’acteur principal, l’idée d’un héros moins-que-parfait marche toujours très bien avec moi. Pourquoi? L’attrait du mauvais garçon sans doute… Tant qu’il ne s’agit que de vol (et pas d’autres crimes sordides), il y a un potentiel de romantisme dans tout hors-la-loi. Robin des bois, Arsène Lupin, pour ne citer qu’eux… Ryan Boldari… Et puis, du fond de mon lit, le gentleman cambrioleur m’entraîne dans ses aventures et me sauve d’un ennui mortel!
Dans la romance, le héros voleur a un grand cœur, une démarche très sexy (une vague analogie avec le félin, silencieux et insaisissable étant de rigueur), et surtout, surtout, il ne se repend que très moyennement de ses méfaits!


Il en serait même plutôt fier. Et moi, lectrice, j’aime qu’il assume son choix de carrière. Même si souvent, hélas, la fin du livre sonne le glas de ses activités illégales et le héros rentre dans le rang pour prendre femme et produire quelques bébés. Il gardera toujours la nostalgie de sa jeunesse débridée… et moi aussi!


Alors que bon, soyons sérieuses deux minutes, si un jour je croise au détour d’une maison mal éclairée un beau jeune homme en train de vider le coffre-fort, mon premier réflexe (ou mon second, ou mon troisième) ne sera sûrement pas de le considérer comme fiancé potentiel! Après une bonne crise cardiaque, je vais surtout me précipiter sur mon portable pour appeler la police et me planquer derrière le canapé… Et quand bien même je le rencontrerai au café du coin et que j’apprenais par la suite ses occupations, je doute que je trouverais cela très attirant. Je vois d’ici le déjeuner de présentation à mes parents « – Et sinon, vous faites quoi dans la vie? – Je cambriole les musées… Vous aimez la peinture? ». Non, vraiment, j’ai comme le pressentiment que mon père ne me donnerait pas sa bénédiction!


Mais pour en revenir à nos moutons, il semblerait qu’il y ait dans la romance une concentration particulièrement élevée de voleurs. Et je dois avouer que j’ai un petit faible pour cette catégorie socio-professionnelle…


Le voleur devrait être une figure négative, l’auteur le romance littéralement, c’est un anti-héros parfaitement héroïque. Il a souvent des raisons tout-à-fait rocambolesques pour expliquer ses agissements :
  • Ryan (Une femme dans la tourmente – Homeport, Nora Roberts) a reçu un don de Dieu,
  • Nick (Libre à tout prix – Worth any price, Lisa Kleypas) a eu une enfance traumatisante,
  • Davy et Tilda (Faking it, Jennifer Crusie) ont une famille de doux-dingues,
  • Jade (Guardian angel, Julie Garwood) a une revanche à prendre,
  • les Sullivan (La fortune des Sullivan – Three fates, Nora Roberts) ont un héritage familial à récupérer,
  • Luke (Les illusionnistes – Honest illusions, Nora Roberts) est victime de chantage,
  • Samuel (The shadow and the star, Laura Kinsale) est en mission secrète,
  • Jack (The lost Duke of Wyndham, Julia Quinn) aimerait juste ne pas mourir de faim…
Oui, quelques femmes se sont perdues dans mon exposé… Mais peu importe, ce qui compte, c’est que toutes les excuses sont recevables, du moment que le voleur, qui a un métier à priori immoral, reste en toutes circonstances, fidèle à un certain code d’honneur.


Car, ce qui fait la différence entre nos voleurs de romance et le type qui nous arrache notre sac à main dans le métro, ce sont les 5 commandements de Robin des Bois :
  • tu ne voleras que les riches
  • tu ne voleras que les méchants
  • tu pratiqueras la non-violence (tout en sachant te défendre avec un art martial redoutablement efficace si tu es attaqué)
  • tu ne voleras pas pour ton enrichissement égoïste (différentes options sont acceptables : entretenir toute ta famille sur 27 générations, financer une ONG dans le tiers-monde de façon anonyme…)
  • tu offriras toujours ton aide aux demoiselles en détresse qui croisent ton chemin
Un peu selon la même logique qui veut qu’un homme qui aime les chiens soit un homme bien, quoi qu’il arrive, un homme qui reste chevaleresque envers une demoiselle en détresse (ou pas en détresse) ne peut être entièrement mauvais, et il aura droit à toutes les excuses de la terre pour justifier sa carrière! Finalement, cela permet de donner un défaut à un héros qui est autrement parfait à tout point de vue, et l’auteur y trouve un ressort particulièrement facile pour son histoire.


Le voleur en romance est donc un magnifique cliché, que je retrouve toujours avec autant de plaisir! Et si vous ne devez choisir qu’un seul des livres que je vous ai cité… Eh bien ne choisissez pas, ils sont tous très bien! Mais si vraiment, un voleur s’introduisait chez vous, et que vous ne pouviez en sauver qu’un seul, ce serait La fortune des Sullivan.


Parce que c’est trois histoires pour le prix d’une, une histoire de voleurs qui n’en sont pas vraiment : deux frères et leur sœur partent en quête d’une statuette, héritage familial que l’on leur a volé. Cette œuvre d’art légendaire représente l’une des trois Parques mythologiques. Nos héros se lancent dans une véritable chasse au trésor, non seulement pour récupérer ce qui leur a été dérobé, mais aussi pour trouver les deux autres Parques. Au début, ils tâtonnent, ne savent pas trop comment s’y prendre, sont maladroits et manquent plus d’une fois de se faire repérer! Et puis, au fur et à mesure des rencontres, ils deviennent bien plus habiles, et de rebondissements en retournements de situation, chacun de nos trois Sullivan va rencontrer son âme sœur, leurs histoires s’entremêlant à leur quête. Ce livre fait partie de mon Top 15, et c’est sans l’ombre d’un doute mon préféré de Nora Roberts.


Ce n’est pas pour autant une raison pour négliger mes autres recommandations, le voleur en romance ayant à mes yeux un potentiel de sexytude sur l’échelle de Hugh Jackman inégalé à ce jour. Et que celle qui n’a pas rêvé de Pierce Brosnan dans L’affaire Thomas Crown me jette le premier livre!

Chi-Chi
Voleur 15 Commentaires

La question de la Langue

Vous l’aurez sans doute déduit des nombreuses chroniques dont nous vous avons régalé Chi-Chi et moi-même ces derniers mois, nous sommes toutes deux de grandes lectrices de VO.
Les raisons qui font passer une serial lectrice à la VO sont nombreuses. Dans le désordre et sans doute pas au complet nous avons :
- L’impatience. Quand une nouvelle sortie est annoncée sur le marché américain, il faut parfois plus d’un an pour que cette dernière ne pointe le bout de son nez dans le monde francophone… de quoi vous ruiner une manucure, vous déclencher un ulcère, vous faire des cheveux blancs ET vous faire passer à la VO !
- L’entêtement. Vous découvrez un livre. Merveilleux. Puis vous découvrez qu’il fait partie d’une série en cours d’écriture. Fabuleux. Vous avez lu les 4 premiers livres. Le suivant raconte l’histoire de ce personnage secondaire dont la description dans les premiers opus de la série vous a donné l’eau à la bouche. Magnifique. Mais c’est sans savoir que dans les couloirs des éditeurs, un drame couve. La série ne fait pas les chiffres escomptés. Le tome 5 est annulé. Ô rage ! Ô désespoir ! Ô éditeurs ennemis ! N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?… La dépression littéraire vous guette (NDLR – Dépression littéraire : ne plus avoir gout à aucun livre et végéter sans but devant l’écran éteint d’une télévision cassée depuis 5 ans… sans doute la pire maladie jamais découverte). Mais s’il y a bien un lieu où les miracles sont légions, ce sont dans les livres, et a fortiori, dans la VO.
- La bravoure. Le marché anglo-saxon propose plus de 8000 nouvelles romances annuelles. C’est un Everest constamment renouvelé. Un challenge à relever, un territoire à conquérir. Les métaphores ne manquent pas, et la tâche est souvent à la hauteur de l’avidité littéraire !
- La curiosité, ou comment en se mettant à la VO on entre dans l’aventure vocabulaire ! Qui n’a jamais rêvé de savoir dire crinoline, crocs et baisemain dans la langue de Shakespeare ? Personne ? Vraiment ? Quelle déception… Comment ne pas se délecter de la découverte de mots comme elbow, tantrum, wisper, shiver, armpit (ah non, peut-être pas celui là)…
- L’opportunité. Lire en VO s’est démocratisé avec l’arrivée d’Internet, mais pour certaines, cela a commencé par un voyage, la découverte d’une bibliothèque municipale très fournie et un deal avec La Poste !
- L’intégrité. Si mon expérience de la traduction m’a bien apprise une chose, c’est que l’inconnu derrière la traduction d’un livre ne peut être impartial et rendre à la perfection l’intention de l’auteur. Il n’est pas rare d’observer des coupes et des traductions très « libérales » dans les romances…
Par ailleurs, de la même manière que je ne vis pas la lecture de certains livres de la même manière que Chi-Chi, j’en interprète parfois certains passages bien différemment du traducteur. Ma lecture est fonction de mon expérience en tant que personne, elle varie en fonction de mon humeur. Elle change aussi en fonction de l’âge.
La version française n’est pas mauvaise. Là n’est pas du tout mon propos! Certes, les coupures et les interprétations sont fréquentes, mais cela ne nous a pas empêché de lire et d’apprécier « Les 4 filles du Docteur March » alors que nous n’étions pas encore adolescentes non ? De même que les Harlequin qui nous ont tant fait rire ces derniers temps sont des bijoux de traductions?
Toutefois, si d’aventure vous décidez un jour de passer à la VO, il est une règle que je vous enjoins de suivre :
Ne jamais au grand jamais relire un livre en français alors que la première lecture a été faite en VO !
J’ai eu le malheur d’en faire l’expérience avec un classique Howardien « Mr Perfect » et la sensation ressentie à la lecture de la version française m’a fait le même effet que le visionnage d’un film après la lecture du livre. J’ai noté les passages absents, les libertés prises par le traducteur. Et un livre que j’avais positivement adoré à l’époque m’a laissé un goût amer dans la bouche. La perfection est une question de langue semble-t-il…
Piquée de curiosité à la découverte de ce phénomène, j’ai tenté le chemin inverse avec un Susan Elisabeth Phillips et « Kiss an Angel » (Drôle de Cirque).
Lu un première fois dans sa version rose barbie française, Chi-Chi m’a prêté la version originale l’année dernière… Ce fut fabuleux !! J’ai découvert les coupes et certaines scènes ont pris tous leur sens. Le texte a gagné en profondeur du fait de mon interprétation personnelle du texte original…
Sans parler des personnages. Il est quasiment impossible de rendre en version française les « accents » donnés par les auteurs à leurs protagonistes. Et tout comme on n’imaginerai pas Jane Birkin sans son accent britannique, j’imagine mal Scarlett O’Hara avec autre chose qu’un accent sudiste !
Lire en VO est une bénédiction pour une bookaholic comme moi, mais mes premiers émois de lectrice de romance se sont fait grâce à des versions traduites. Il ne faut pas renier ses racines. Maggie Osborne, Kathleen E. Woodiwiss et autres Jude Deveraux n’ont pas de soucis à se faire !

Tam-Tam

Carissa, grosse menteuse!

Lady D. avait adoré SFALO. A tel point que la dernière fois qu’elle est venue chez moi, elle s’est lancée dans une exploration de ma bibliothèque, bien décidée à dénicher une autre perle dans le même genre. Et, parce qu’en ces beaux jours de novembre, il devient primordial de se changer les idées, j’ai accepté…
Il ne faut pas se fier aux apparences : trouver de vieux Harlequin, ou Duos, ou autres publications du même style, c’est facile. Que ces vieux livres soient délicieusement surannés, avec des héros machos, des héroïnes fragiles, une trame assez simpliste et une prose plus simpliste encore, c’est facile aussi. Mais trouver un véritable bijou, un livre qui parvient non seulement a réunir tous ces critères, mais qui en plus les transcendent pour atteindre ce sommet du ridicule où le lecteur n’a pas d’autre choix que de rire, sous peine de perdre toute foi en l’espèce humaine qui a produit l’être capable d’écrire une chose pareille, voilà quelque chose de bien plus difficile.
Je ne fais pas une critique du « vieux » roman dans son ensemble, j’en ai lu beaucoup à mon époque, et j’y reviens parfois, plus par nostalgie que par goût réel, mais tout de même, ils ont encore droit de paraître dans mon palais!
Seulement voilà, j’ai reçu des requêtes pour un SFALO bis, et ce livre, c’est Lady D. qui l’a choisi. Prière donc de lui adresser toute remarque désobligeante, je ne garderai que le crédit d’avoir lu les 155 pages de « Adieu, adorable menteuse », chef d’œuvre signé Daphné Clair. Et à coté, SFALO était une promenade dans une prairie enchantée où volent des poneys arc-en-ciel! J’ai souffert dans tout mon corps et toute mon âme pour en venir à bout. Pour ne pas trop spoiler l’histoire palpitante, je me contenterai de vous exposer les traits de caractère les plus marquants chez nos héros du jour, Carissa et Ben.
Déjà, Carissa veut dire « chère menteuse ». J’ai cherché, je n’ai pas trouvé en quelle langue. Tam-Tam m’a suggéré l’ourdou. Ou le swahili. Ou le maori, puisque cela se passe en Nouvelle-Zélande. Quelqu’un parle maori ici, pour confirmer ma théorie?
Carissa est une fille extraordinaire : quand elle prépare un petit repas simple sur le pouce, il se compose d’une salade, de deux entrecôtes et … d’une charlotte aux pommes! Alors, sans être experte en cuisine, je crois me souvenir qu’une charlotte aux pommes (perso je la préférerai aux poires mais personne ne m’a demandé mon avis) n’est pas le dessert le plus rapide à préparer. Mais Carissa étant extraordinaire, elle cuisine plus vite que son ombre. Et c’est un cordon bleu. Elle fait une charlotte aux pommes comme on ouvre une brique de soupe. Normal quoi! En matière de repas simple et vite fait, je mets de l’eau à bouillir pour les pâtes et je sors une compote. Voilà bien la preuve que je ne suis pas digne d’être une héroïne Harlequin!
Carissa est capricieuse : elle ne veut pas embrasser Ben, il lui demande d’arrêter ses caprices.
Carissa est maladroite : elle se prend les pieds dans les racines d’une fougère géante (oui, dans ce livre, les fougères ont des racines), lors d’une randonnée pour aller là-haut sur la colline (Joe Dassin, sors de ce corps!). Et bien sur, elle tombe dans les bras de Ben et bredouille son embarras. Ben étant un homme intelligent, il y voit une invitation à l’embrasser. Sauf que Carissa n’est pas d’accord. D’où les caprices que Ben trouve inadmissibles. Vous voyez bien que tout cela est parfaitement logique!
Ben est le diminutif de Benito. Mais qu’est-ce qui est passé par la tête de l’auteur??! Serais-je la seule à trouver ce prénom légèrement connoté? Mussolini, anyone?
Ben est aveugle. Ok, ce n’est pas de sa faute. Mais un aveugle qui se perd au milieu de sa chambre d’hôtel, à tel point qu’il doit appeler au secours pour qu’on l’aide à retrouver son sens de l’orientation… Ce n’est pas terrible niveau sexytude! Heureusement, Ben est chanteur, et là, lecteur, tu te dis que tout n’est pas perdu. Un chanteur, ça a potentiellement l’aura sexy de la rock-star. Bah même pas. Si j’en crois les descriptions (très vagues sur les sujet), et la subliiiime couverture, Ben se classe dans la catégorie « guitariste flamenco » ou quelque chose s’en approchant. Et BIM! Dégringolade instantanée sur l’échelle de Hugh Jackman. On a creusé des échelons en sous-sol pour Ben! Mais… mais, Ben, lui, se sent tout à fait l’âme d’une rock star. Quand il est sur scène, il sent courir sur sa peau, comme une caresse, l’admiration fervente des auditeurs, la vibration de leurs émotions. Il ne peut les voir mais il se sait leur dieu. Ses mots, pas les miens. Moi, je reste sans voix. Cela vaut bien le costume orange fluo de Jordan Hayes!
Ben est un sale babouin arrogant (comment ça, je ne suis pas objective??!). Il manipule Carissa, l’accuse d’être déloyale car elle lui a laissé croire qu’elle était plus vieille que son âge. Oh et elle lui a dit la couleur de ses yeux aussi. Le rapport, vous me direz? Eh bien, Carissa dit que ses yeux sont bleus, avec une pointe de gris quand elle est troublée. Or, Ben trouve inadmissible qu’elle lui révèle un détail sur elle dont il ne pourra pas se servir parce qu’il est aveugle. Oui. Ben est ce genre d’homme. Alors là, franchement, à part le syndrome de la groupie en folie, j’ai beau chercher, je ne vois vraiment pas ce que Carissa (qui n’est pas bien maligne, il faut l’avouer) peut bien lui trouver!!!
Ben est un surhomme : il sent poindre l’aube à l’horizon. Il est aveugle. Ce sont ses poils qui se dressent pour lui indiquer le degré de luminosité ou quoi?
Ben a été touché par la grâce divine : entre le début et la fin du livre, il retrouve la vue. Même pas un petit miracle là-dedans, à peine le génie d’un chirurgien alors que tout le monde pensait que c’était impossible…
Carissa est une fille solide sur laquelle on peut compter : son patron lui demande de veiller sur Ben parce qu’il n’y a aucune chance qu’elle tombe amoureuse de lui. Alors c’est sur, le jour où mon patron me confie une mission avec un argument aussi imparable, je ne sais vraiment pas ce que je pourrais répondre devant un tel honneur… Ah bah si en fait, je démissionne illico presto, non mais ça va pas la tête??!
Carissa est une fille intelligente : pensez, cela fait 5 ans qu’elle travaille pour une agence de communication, et quand elle explique qu’elle a commencé à la réception avant être promue assistante, Ben s’extasie sur son intelligence. Elle aurait du dire qu’elle était passée sous le bureau, pour une fois, la réponse aurait été originale! Mais nooooonnn rien de tout cela, Carissa est une jeune fille bien sous tous rapports… Et la jeune fille bien sous tout rapport ne couche pas pour réussir. A part dans un film interdit aux moins de 18 ans. Donc, pas chez Harlequin. Donc, pas Carissa. Qui est une fille bien. Et intelligente. C’est merveilleux.
Carissa est savante : c’est Ben qui le dit. Du coup, l’auteur nous donne plein de détails sur la faune et la flore de Nouvelle-Zélande. Avant votre prochain voyage, économisez le prix d’un guide touristique, achetez simplement Adieu, adorable menteuse!
Ben est un vieux porc lubrique : toutes les 5 pages, il embrasse Carissa de force, exige de savoir pourquoi elle refuse de coucher avec lui, la traite d’intrigante et d’allumeuse… Plus d’une fois, elle est obligée de le coller une gifle ou de lui griffer le visage pour qu’il la lâche. A ce stade, c’est du harcèlement sexuel pur et simple. Et comme toute l’histoire tourne autour d’un huis-clos entre Carissa et Ben, 90% de leurs conversations tournent autour du refus de Carissa de sauter dans le lit de Ben.
Les adjectifs qui reviennent le plus souvent à propos de Ben sont : cruel, cynique, arrogant, acerbe, moqueur et méprisant. Vous pensez que ce sont des termes négatifs? Pauvres malheureux, vous n’avez donc rien compris au monde merveilleux de Harlequin? Ben est le héros! Donc, tous ses qualificatifs sont des QUALITES! Et franchement, qui n’a pas rêvé d’un tel homme pour prince charmant? Ne mentez pas, je sais tout!
Ben est un homme auréolé de mystère : une société secrète veut sa mort. Non non, pas la mafia, pas un fan hystérique. Une société secrète. D’ailleurs un type a essayé de l’assassiner à coups de couteaux récemment, mais point d’inquiétude mes amis, Ben est le héros (au cas où ce concept ne serait encore bien établi), par principe, il est donc plus fort que n’importe quel attaquant (même le tueur sur-entraîné d’une société secrète). Et vous vous demandez pourquoi cette mystérieuse société voudrait la mort d’un chanteur de flamenco? Mais c’est très simple voyons : ladite société espère attirer de nouveaux adhérents qui n’aiment pas notre chanteur de flamenco… C’est dire si Ben est célèbre! Logique implacable, quand tu nous tiens…
En réalité, il y a derrière cette histoire un sombre secret de famille, une affaire d’enfant caché, de jeunesse passée dans un gang des rues de New-York, quand Benito, qui en réalité s’appelle vraiment Ben (Benjamin, Franklin de son nom de famille – mon dieu que cette auteur à de l’humour), n’était pas encore aveugle. Mais je m’en voudrais de vous gâcher la surprise!
Car je ne doute pas un seul instant que vous allez, à la seconde où vous finirez de lire ces lignes, vous précipiter pour remuer ciel et terre, dans l’espoir de mettre la main sur Adieu, adorable menteuse… Et comme je suis vraiment super gentille, et que je ne recule devant aucun sacrifice pour le bonheur de mes lecteurs, je ferais don de mon exemplaire à qui voudra!
Des volontaires? ^_^
Chi-Chi
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Un moment Nutella

L’hiver arrive. Le froid a commencé à s’installer et les feuilles mortes donnent aux paysages urbains une chaleur assez paradoxale. J’aime ce froid. Ce froid qui laisse sur vos joues de jolies couleurs et marque vos respirations d’un éphémère nuage de buée. C’est ce froid qui nous fait nous pelotonner près de la cheminée avec un bol de chocolat chaud et une clémentine. C’est ce froid qui nous fait enfiler nos gants avant une balade au soleil. C’est ce froid qui me donne le sourire lorsque je me réveille le matin en voyant sur mes fenêtres le givre formant des volutes glacées.
Ce froid mes amis, est le créateur du dernier moment Nutella dont j’ai été témoin.
Imaginez la scène :
Pour les besoins de l’histoire, j’appellerai mes personnages Louise et Paul
Louise et Paul donc, respectivement 5 et 3 ans, arrivent dans le parc où je m’étais installée avec un bon livre. Leur grand-père les accompagne, un voilier à la main. L’excitation a fait monter de jolies couleurs sur les joues de Louise dont les cheveux blonds brillent au soleil. Paul court. Après les pigeons. Il hurle à perdre haleine « à l’attaque !!! » en agitant les pans ouverts de son manteau (Paul a été Batman dans une autre vie). Son grand père, occupé à placer le fragile esquif sur les flots calmes du bassin, se tourne vers son petit fils et l’enjoins à laisser tranquille ce que je considère personnellement comme des rats volants (dont l’existence sur terre reste un mystère, tout comme celle du moustique, mais passons).
« Viens plutôt m’aider à installer la voile. Tu te souviens de la différence entre bâbord et tribord ? ».
Mais le petit garçon est tout à sa bataille avec les volatiles. Je l’imagine brandissant un minuscule sabre en bois, partant à l’abordage et pourfendant des méchants imaginaires pour découvrir un trésor… Louise regarde avec la tendresse d’une grande sœur celui qui sans nul doute lui a tiré les nattes plus d’une fois. Un sourire en coin aux lèvres, elle réajuste un pli de son manteau, se tourne vers son grand-père et lui glisse à l’oreille « ce n’est qu’un garçon, je vais t’aider… ».
Les mots échouent sans doute à retranscrire la beauté du moment. Le sourire du grand-père, son geste affectueux envers la petite fille quelques instants plus tard, l’éclat de rire de Paul lorsque deux pigeons se percutent de plein fouet alors qu’ils tentaient de prendre leur envol, le soleil, le cadre (Jardin du Luxembourg, no less)… Ces scènes qui rayonnent de « cute « , de joie, de beauté me font fondre. Je souris bêtement, un frisson me parcours tandis que je m’attendris et mon réservoir à bonheur est reboosté… Un vrai moment Nutella…
Mais je vous entends, là, dans le fond. Où veut-elle en venir avec sa propagande Ferrero ? N’ayez crainte votre honneur, j’y viens !

Chi-Chi vous parlait la semaine dernière de sa booklist pour les vacances de la Toussaint. Je me souviens m’être plainte de n’avoir lu que deux livres sur les cinq proposés. Qu’à cela ne tienne, je te prête les trois autres !
Le hasard (ou le génie) à voulu que je commence par Kristan Higgins, Too good to be true. Les nombreux frissons et multiples sourires de plaisir lui font gagner le droit à une chronique entière – ayant en effet estimé qu’il méritait bien plus que les quelques lignes qui lui sont accordées dans l’article !

Lire un Kristan Higgins, c’est plonger dans une histoire pleine de sensibilité, de justesse et d’humour. C’est se souvenir que l’amour ce n’est pas juste un tremblement de terre émotionnel où tout est évident, écrit dans le marbre de la destinée – Moïse, à côté de certains auteurs, c’est de la gnognote !
L’amour c’est aussi la pression familiale, les complexes, les erreurs de parcours et les incertitudes… Il est bien facile d’oublier à quel point il est angoissant de ne pas le trouver ce grand amour et à quel point ce que l’on croyait être un grand amour peut parfois s’avérer n’être qu’un rustre de plus dans le paysage sentimental.
Dès les premiers chapitres de Too Good to be true, le tableau est esquissé : Grace, professeur d’histoire la semaine, animatrice de cours de danse les mardis soirs et soldat confédéré le weekend, est célibataire. En soit, rien de bien alarmant, mais il se trouve qu’elle est invitée au mariage d’une de ces cousines, et non seulement son ex-fiancé sera présent, mais ce dernier sort avec sa petite sœur Nathalie…

Les mariages, et autres grandes réunions de famille sont souvent des moments maudits par les personnes que la majorité bien pensante et conventionnelle considère comme étranges/pas épanouis/seuls/excentriques… Qui n’a pas eu droit à un moment ou un autre à la fatidique question « et toi les amours ? » lors de la célébration enrubannée de l’amour des autres ? Qui n’a pas eu envie de répondre à tatie Suzanne et son Yorkshire acariâtre « très bien, et tes varices ? ».
Comme moi, Grace est polie même lorsque Mémé, sa grand-mère lui envoie des remarques acides dans les gencives. Et lorsque la bravoure n’est plus suffisante, il reste toujours le petit ami fictif non ? Celui qui est parfait, a une bonne situation, est tendre, amoureux…
Je n’ai jamais franchi le cap de m’inventer un homme parfait. Heureusement, Grace l’a fait pour moi. Docteur Wyatt est beau, dévoué, sait changer une roue…

Mais Too good to be true n’est pas juste l’histoire d’un mensonge, loin de là. Il n’est que le point de départ. Le roman est une tranche de vie. On y découvre la famille de Grace. Nathalie, sœur parfaitement adorable et joyau de la famille, Margaret, grande sœur à l’humour décapant en pleine crise existentielle. Tous les personnages ont ce détail qui les rend attachant et leur donne de la profondeur.
Oubliés ces seconds rôles fantoches qui ne sont là que pour être des faire-valoir pour les deux protagonistes du roman. Ici, chacun à sa place, comme bien souvent les gens qui peuplent nos vies ont la leur.

Bien ancrée dans ses habitudes et sa vie professionnelle, nous découvrons le quotidien de Grace, le tout sans tomber dans la description anatomique de ses moindres gestes.
Non, vous n’aurez pas droit au chapitre entier décrivant le petit déjeuner de l’héroïne « elle se juchât sur la chaise en pin lazurée bleu outremer et finie au vernis hypoallergénique pour attraper le pot de gelée de groseilles épépinées à la plume d’oies par les Ursulines du pays de Bar-leDuc, dévoilant ainsi le galbe d’un mollet dont le muscle délicatement ciselé (seulement 15% de masse graisseuse !) est un témoignage des nombreuses heures passées dans ce studio de danse aux miroirs importés du Nevada… ». J’arrête ici votre calvaire, mais remarquez à quel point il est aisé de remplir du vide avec de jolis mots. Je n’ai absolument rien raconté dans cette phrase et elle contient déjà plus de soixante mots !

Vous découvrirez aussi le voisin… Callahan O’Shea……………………
Vous vous demandez sans doute pourquoi autant de point de suspensions ? C’est ce qui se rapproche le plus de ma réaction à la description du-dît personnage. Est ensuite venu la jalousie bien sûr. Pourquoi n’ai-je pas le droit à un voisin pareil ? Je n’ai jamais pu espionner et me rincer l’œil en tout impunité sur un voisin sexy, je suis coincée avec un clone de la « wicked witch of the west » et tatie Danielle version 2010. Tous les voisins sexy doivent habiter dans le même quartier, ce quartier où toutes les filles se baladent en sous-vêtements sous leur fenêtres sans doute. Même. Pas. Juste.

Heureusement (bis) Grace a des yeux pour voir et nous fait partager.

Ces deux là gagnent la palme Nutella du mois d’octobre avec dans le désordre :
- un stick de hockey
- un westie sans discipline
- un film culte
- une lecture de My Lord’s Wanton Desire
- un raton laveur au timing parfait
- une fraude (qui aurait cru que cela pourrait être sexy d’ailleurs !)
- la bataille de Gettysburg
- une crise de larme masculine

La liste pourrait s’allonger encore, mais je préfère vous laisser découvrir pourquoi, lorsque l’hiver arrive, j’aime les moments Nutella…

Bonne lecture
Tam-Tam