Un moment Nutella

L’hiver arrive. Le froid a commencé à s’installer et les feuilles mortes donnent aux paysages urbains une chaleur assez paradoxale. J’aime ce froid. Ce froid qui laisse sur vos joues de jolies couleurs et marque vos respirations d’un éphémère nuage de buée. C’est ce froid qui nous fait nous pelotonner près de la cheminée avec un bol de chocolat chaud et une clémentine. C’est ce froid qui nous fait enfiler nos gants avant une balade au soleil. C’est ce froid qui me donne le sourire lorsque je me réveille le matin en voyant sur mes fenêtres le givre formant des volutes glacées.
Ce froid mes amis, est le créateur du dernier moment Nutella dont j’ai été témoin.
Imaginez la scène :
Pour les besoins de l’histoire, j’appellerai mes personnages Louise et Paul
Louise et Paul donc, respectivement 5 et 3 ans, arrivent dans le parc où je m’étais installée avec un bon livre. Leur grand-père les accompagne, un voilier à la main. L’excitation a fait monter de jolies couleurs sur les joues de Louise dont les cheveux blonds brillent au soleil. Paul court. Après les pigeons. Il hurle à perdre haleine « à l’attaque !!! » en agitant les pans ouverts de son manteau (Paul a été Batman dans une autre vie). Son grand père, occupé à placer le fragile esquif sur les flots calmes du bassin, se tourne vers son petit fils et l’enjoins à laisser tranquille ce que je considère personnellement comme des rats volants (dont l’existence sur terre reste un mystère, tout comme celle du moustique, mais passons).
« Viens plutôt m’aider à installer la voile. Tu te souviens de la différence entre bâbord et tribord ? ».
Mais le petit garçon est tout à sa bataille avec les volatiles. Je l’imagine brandissant un minuscule sabre en bois, partant à l’abordage et pourfendant des méchants imaginaires pour découvrir un trésor… Louise regarde avec la tendresse d’une grande sœur celui qui sans nul doute lui a tiré les nattes plus d’une fois. Un sourire en coin aux lèvres, elle réajuste un pli de son manteau, se tourne vers son grand-père et lui glisse à l’oreille « ce n’est qu’un garçon, je vais t’aider… ».
Les mots échouent sans doute à retranscrire la beauté du moment. Le sourire du grand-père, son geste affectueux envers la petite fille quelques instants plus tard, l’éclat de rire de Paul lorsque deux pigeons se percutent de plein fouet alors qu’ils tentaient de prendre leur envol, le soleil, le cadre (Jardin du Luxembourg, no less)… Ces scènes qui rayonnent de « cute « , de joie, de beauté me font fondre. Je souris bêtement, un frisson me parcours tandis que je m’attendris et mon réservoir à bonheur est reboosté… Un vrai moment Nutella…
Mais je vous entends, là, dans le fond. Où veut-elle en venir avec sa propagande Ferrero ? N’ayez crainte votre honneur, j’y viens !

Chi-Chi vous parlait la semaine dernière de sa booklist pour les vacances de la Toussaint. Je me souviens m’être plainte de n’avoir lu que deux livres sur les cinq proposés. Qu’à cela ne tienne, je te prête les trois autres !
Le hasard (ou le génie) à voulu que je commence par Kristan Higgins, Too good to be true. Les nombreux frissons et multiples sourires de plaisir lui font gagner le droit à une chronique entière – ayant en effet estimé qu’il méritait bien plus que les quelques lignes qui lui sont accordées dans l’article !

Lire un Kristan Higgins, c’est plonger dans une histoire pleine de sensibilité, de justesse et d’humour. C’est se souvenir que l’amour ce n’est pas juste un tremblement de terre émotionnel où tout est évident, écrit dans le marbre de la destinée – Moïse, à côté de certains auteurs, c’est de la gnognote !
L’amour c’est aussi la pression familiale, les complexes, les erreurs de parcours et les incertitudes… Il est bien facile d’oublier à quel point il est angoissant de ne pas le trouver ce grand amour et à quel point ce que l’on croyait être un grand amour peut parfois s’avérer n’être qu’un rustre de plus dans le paysage sentimental.
Dès les premiers chapitres de Too Good to be true, le tableau est esquissé : Grace, professeur d’histoire la semaine, animatrice de cours de danse les mardis soirs et soldat confédéré le weekend, est célibataire. En soit, rien de bien alarmant, mais il se trouve qu’elle est invitée au mariage d’une de ces cousines, et non seulement son ex-fiancé sera présent, mais ce dernier sort avec sa petite sœur Nathalie…

Les mariages, et autres grandes réunions de famille sont souvent des moments maudits par les personnes que la majorité bien pensante et conventionnelle considère comme étranges/pas épanouis/seuls/excentriques… Qui n’a pas eu droit à un moment ou un autre à la fatidique question « et toi les amours ? » lors de la célébration enrubannée de l’amour des autres ? Qui n’a pas eu envie de répondre à tatie Suzanne et son Yorkshire acariâtre « très bien, et tes varices ? ».
Comme moi, Grace est polie même lorsque Mémé, sa grand-mère lui envoie des remarques acides dans les gencives. Et lorsque la bravoure n’est plus suffisante, il reste toujours le petit ami fictif non ? Celui qui est parfait, a une bonne situation, est tendre, amoureux…
Je n’ai jamais franchi le cap de m’inventer un homme parfait. Heureusement, Grace l’a fait pour moi. Docteur Wyatt est beau, dévoué, sait changer une roue…

Mais Too good to be true n’est pas juste l’histoire d’un mensonge, loin de là. Il n’est que le point de départ. Le roman est une tranche de vie. On y découvre la famille de Grace. Nathalie, sœur parfaitement adorable et joyau de la famille, Margaret, grande sœur à l’humour décapant en pleine crise existentielle. Tous les personnages ont ce détail qui les rend attachant et leur donne de la profondeur.
Oubliés ces seconds rôles fantoches qui ne sont là que pour être des faire-valoir pour les deux protagonistes du roman. Ici, chacun à sa place, comme bien souvent les gens qui peuplent nos vies ont la leur.

Bien ancrée dans ses habitudes et sa vie professionnelle, nous découvrons le quotidien de Grace, le tout sans tomber dans la description anatomique de ses moindres gestes.
Non, vous n’aurez pas droit au chapitre entier décrivant le petit déjeuner de l’héroïne « elle se juchât sur la chaise en pin lazurée bleu outremer et finie au vernis hypoallergénique pour attraper le pot de gelée de groseilles épépinées à la plume d’oies par les Ursulines du pays de Bar-leDuc, dévoilant ainsi le galbe d’un mollet dont le muscle délicatement ciselé (seulement 15% de masse graisseuse !) est un témoignage des nombreuses heures passées dans ce studio de danse aux miroirs importés du Nevada… ». J’arrête ici votre calvaire, mais remarquez à quel point il est aisé de remplir du vide avec de jolis mots. Je n’ai absolument rien raconté dans cette phrase et elle contient déjà plus de soixante mots !

Vous découvrirez aussi le voisin… Callahan O’Shea……………………
Vous vous demandez sans doute pourquoi autant de point de suspensions ? C’est ce qui se rapproche le plus de ma réaction à la description du-dît personnage. Est ensuite venu la jalousie bien sûr. Pourquoi n’ai-je pas le droit à un voisin pareil ? Je n’ai jamais pu espionner et me rincer l’œil en tout impunité sur un voisin sexy, je suis coincée avec un clone de la « wicked witch of the west » et tatie Danielle version 2010. Tous les voisins sexy doivent habiter dans le même quartier, ce quartier où toutes les filles se baladent en sous-vêtements sous leur fenêtres sans doute. Même. Pas. Juste.

Heureusement (bis) Grace a des yeux pour voir et nous fait partager.

Ces deux là gagnent la palme Nutella du mois d’octobre avec dans le désordre :
– un stick de hockey
– un westie sans discipline
– un film culte
– une lecture de My Lord’s Wanton Desire
– un raton laveur au timing parfait
– une fraude (qui aurait cru que cela pourrait être sexy d’ailleurs !)
– la bataille de Gettysburg
– une crise de larme masculine

La liste pourrait s’allonger encore, mais je préfère vous laisser découvrir pourquoi, lorsque l’hiver arrive, j’aime les moments Nutella…

Bonne lecture
Tam-Tam
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15 réflexions sur “Un moment Nutella

  1. Pour la peine, j'ai commencé Catch of the Day…Pour récupérer ton livre, viens le chercher! il t'attend à Brive bien sagement ^^PS: Et l'illustration? Du bon travail non? sauras tu reconnaitre les livre ayant servi de support à ce montage?

  2. J'adore aussi Kristan Higgins. Mais je l'ai peut-être déjà dit. Ma grosse découverte de l'année, grace à Lazulij qui m'a offert mon premier et à Eloisa James qui m'a poussée à commander mon deuxième… Il m'en manque encore!

  3. Il ne m'en reste plus qu'un d'elle à lire… Du coup je le garde pour un moment de grande disette.Pirouette, je les aient tous, on pourra faire un deal si tu veux! Le prochain sort en mai 2011, il est déjà pré-commandé! ;o)

  4. Haaaaaaaaaaaaaaan, je le veux, je le veux, je le veux!!!!! Tu en parles trop trop bien, je suis trop curieuse, là! Vite, le site de la bibliothèque!Aaaaaaaaah, je meurs, ils ne l'ont pas… bon, alors je le note pour une prochaine descente en librairie alors!

  5. C'est étrange comme beaucoup de tes anecdotes me parlent, particulièrement en ce moment….Heureusement, y'a les moments Nutella, comme Kristin Higgins…Merci pour ce beau billet!Gros bisous!!!!!!!!

  6. Pingback: Playlist/Booklist, même combat | In need of prince charming

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